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30 heures sans boire ni manger : le difficile premier voyage d’Olivier

publié le7 Janvier 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le7 Janvier 2025

Les bénévoles de Sète ont remorqué le voilier d'Olivier avec leur "SNS 003 Amiral Leenhardt" © SNSM Sète

Il n’a jamais navigué, mais Olivier a décidé de tout quitter du jour au lendemain pour découvrir l’immensité des océans. Malheureusement, son premier voyage ne s’est pas déroulé comme prévu : il a été secouru après 30 heures sans boire ni manger à la barre de son voilier.

Un senti­ment ultime de liberté. La mer, sans fron­tières, fascine les aven­tu­riers. Olivier est de ceux-là. L’été dernier, il décide de vendre sa maison pour une autre, plus mobile. Il s’ins­talle sur un voilier, un Océa­nis 390 de 11,30 mètres de long. Le plai­san­cier veut goûter au plus vite les embruns. C’est la première fois qu’il navigue, mais il n’a pas peur. Il veut faire sa propre expé­rience, apprendre en faisant. «  Je ne suis pas préparé, je ne suis pas marin à l’ori­gine », admet l’homme de 53 ans.

Dimanche 25 août 2024, c’est le grand départ. Son voilier est enfin prêt à navi­guer, après quelques ajus­te­ments au chan­tier mari­time de Port Camargue (Gard). Il prend la mer seul en direc­tion de son ancien chez-lui, sur la côte héraul­taise. Le lende­main matin, Olivier est à mi-parcours quand, d’un coup, silence : le moteur tombe en panne. Le vent souffle à 30 km/h et les vagues claquent sur la coque. «  Rapi­de­ment, tout s’en­chaîne, se souvient-il. J’ai un problème sur le pilo­tage auto­ma­tique. La barre du voilier répond diffi­ci­le­ment. Puis les voiles se déchirent. » Seul face aux éléments, l’in­ex­pé­ri­menté marin cherche à pour­suivre sa route, mais ne sait pas comment réagir.

Son embar­ca­tion oscille sous la puis­sance de la houle. Le nouveau navi­ga­teur ne parvient pas à rallier la terre ferme, mais il ne s’af­fole pas. Il prévient les secours, tout en gardant la main sur la barre. Le voilier est à plus de 25 milles (46 km) de la côte, la VHF montre ses limites. Fina­le­ment, les grésille­ments de sa radio semblent inter­rom­pus par des bribes de voix et son alerte Pan Pan arrive jusqu’au centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage (CROSS) Médi­ter­ra­née. Les opéra­teurs tentent de trian­gu­ler la zone de recherche. La tâche est diffi­cile : la commu­ni­ca­tion est compliquée et le navi­ga­teur n’est pas en mesure de se situer. 

Et Olivier fatigue. Le tangage du bateau le rend malade, il est inca­pable de boire ou de manger. « La mer ne m’a pas laissé de répit, pour­suit le quinqua­gé­naire. La houle attei­gnait près de 1,50 mètre de hauteur. » Il parvient tout de même à ne pas lâcher la barre pour limi­ter sa dérive. Après quelques heures d’at­tente, deux voiliers viennent à sa rencontre. Le navi­ga­teur en herbe est soulagé de voir d’autres êtres humains. « Malheu­reu­se­ment, ils ne peuvent rien pour moi à cause de la mauvaise météo, explique Olivier. Ils restent quelques heures près du bateau et me remontent un peu le moral à distance.  »

Voilier de type Oceanis 390 dans un port
Illustration. Olivier s’est lancé dans son premier voyage en mer à bord d’un Oceanis 390, comme celui-ci.

Épuisé, Olivier manque de prépa­ra­tion et d’ex­pé­rience pour faire face à une mer diffi­cile

Une fois partis, les deux voiliers se rapprochent de la côte et partagent la posi­tion approxi­ma­tive de l’Océa­nis 390. Les secours doivent vite inter­ve­nir : après 20 heures de dérive, l’état de santé du voya­geur se dégrade car il n’ar­rive pas à s’hy­dra­ter ni à se nour­rir correc­te­ment. Les équi­pages des deux voiliers ont permis aux opéra­teurs du CROSS de mieux comprendre l’enjeu de l’alerte : ce qui n’était au départ qu’une simple panne est main­te­nant une ques­tion de survie. Les Sauve­teurs en Mer de la station de Sète sont solli­ci­tés. 

Ils prennent la mer à bord du SNS 003 Amiral Leen­hardt, après avoir reçu des indi­ca­tions sur la loca­li­sa­tion du voilier, très au large. « On a parcouru 180 kilo­mètres entre la Camargue et Gruis­san  », explique Didier Agresta, béné­vole présent à bord du canot tous temps ce jour-là. L’hé­li­co­ptère Dragon 66 part aussi en recherche. Le mauvais temps réduit le champ de vision des secou­ristes. Les Sauve­teurs en Mer restent atten­tifs pour retrou­ver le voilier. Ils sont à l’af­fût d’un signe du quinqua­gé­naire pendant quatre heures, sans résul­tat. Ils rentrent au port.

Olivier, affai­bli, voit douce­ment le soleil se coucher. La nuit s’an­nonce diffi­cile. « Je suis inca­pable de m’ali­men­ter. Je dois lâcher le moins possible la barre, mais je suis épuisé  », se remé­more le navi­ga­teur. Il somnole, malade et seul face à la mer. «  Je n’avais pas peur, je savais qu’un jour j’ar­ri­ve­rais sur la terre ferme », confie-t-il. 

Le lende­main, la mer est plus calme. Un nouveau voilier atteint Olivier et partage sa loca­li­sa­tion. « J’étais très faible, avec une tension basse », décrit-il. Les sauve­teurs de Sète reprennent la mer et, cette fois, ils trouvent le bateau qui dérive depuis 28 heures. Olivier monte à bord du canot de la SNSM. Des équi­piers passent à bord de son embar­ca­tion et installent la remorque pour le retour au port. Encore quelques heures de navi­ga­tion et Olivier pose enfin le pied sur la terre ferme.  

« Cet événe­ment m’a fait réali­ser qu’il faut vrai­ment véri­fier son embar­ca­tion avant le départ, explique-t-il. Quelque chose pouvant paraître secon­daire peut fina­le­ment jouer un rôle fonda­men­tal une fois en mer. La mer est un envi­ron­ne­ment dange­reux, il faut pouvoir comp­ter sur son bateau. »

Nos sauve­­­­­­­­­teurs sont formés et entraî­­­­­­­­­nés pour effec­­­­­­­­­tuer ce type de sauve­­­­­­­­­tage. Grâce à votre soutien, vous les aidez à être présents la prochaine fois !

Avant de prendre la mer, formation et anticipation

Prendre le large, les cheveux au vent. Cela donne envie. Mais avant d’em­barquer, mieux vaut être préparé. De nombreux orga­nismes proposent des forma­tions dédiées aux adultes. Elles vous permet­tront d’ap­prendre à maîtri­ser votre bateau, à savoir vous loca­li­ser et à connaître les règles de sécu­rité en mer. Pensez égale­ment à faire véri­fier les prin­ci­paux éléments de votre bateau et à embarquer les équi­pe­ments essen­tiels de commu­ni­ca­tion et de sécu­rité.

Nos conseils pour naviguer en sécurité

Équipage engagé

CANOT TOUS TEMPS SNS 003 Amiral Leenhardt

Patron : Didier Agresta

Équi­piers : Alain Foulc, Chris­tophe Laurent, Cédric Rodri­guez, Claude Rossi­gnol, Claude Subra 

Article rédigé par Clarisse Oudit-Dalençon.

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