Article Sauvetage historique

84 ans après, « La Dame de la mer » retrouve son poste de vigie à la station du Conquet

publié le21 Mars 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le21 Mars 2025

Mise à l’abri durant la Deuxième Guerre mondiale, la "Dame de la mer" est restée cachée 84 ans dans la Drôme. © Didier Quentel

Cette statue, qui veillait sur la station du Conquet, a été mise à l'abri en 1940 pour éviter sa réquisition par l'occupant. Après un long périple, elle a retrouvé la Bretagne il y a quelques mois.

On ne l’es­pé­rait plus. Pour­tant, 84 ans après sa dispa­ri­tion, la Dame de la mer a retrouvé la station du Conquet (Finis­tère) à la fin du mois d’août 2024. Cette statue de bronze d’en­vi­ron 70 cm de haut avait disparu en 1940, cachée pour éviter sa réqui­si­tion par l’en­va­his­seur.

Son histoire remonte au XIXe siècle. La statue est comman­dée au célèbre sculp­teur Mathu­rin Moreau par la famille de l’ami­ral Romain Desfos­sés. L’œuvre, qui repré­sente une jeune pêcheuse à pied scru­tant l’ho­ri­zon, rend hommage à cet homme décédé en 1864, qui fut député, séna­teur et ministre du Second empire. Elle est ensuite remise à la station du Conquet le 22 août 1932 par le capi­taine de frégate Lever­ger, admi­nis­tra­teur délé­gué de la Société centrale de sauve­tage des naufra­gés. Un cadeau à l’oc­ca­sion de l’inau­gu­ra­tion du nouvel abri édifié à la pointe Sainte-Barbe, ainsi que de la béné­dic­tion du nouveau canot à deux moteurs Nalie Léon Drouin.

Cette vigie symbo­lique veille sur les sorties du canot de sauve­tage jusqu’en juin 1940. Mais, pour éviter sa destruc­tion dans le cadre de la mobi­li­sa­tion des métaux non ferreux – exigée par les Alle­mands pour alimen­ter leurs usines d’ar­me­ment –, le patron du canot, Olivier Morvan, la cache chez lui.

Oubliée pendant 84 ans dans la Drôme

Il la trans­met ensuite à son petit-fils, installé loin, dans la Drôme. Une déci­sion d’au­tant plus judi­cieuse que, quatre ans plus tard, les occu­pants dyna­mitent l’abri du Conquet avant de quit­ter les lieux.

Mais la Dame de la mer est si bien cachée qu’on l’ou­blie. Ce n’est qu’en 2024 que la conjointe du descen­dant du patron Morvan, Madame Colecco, rappelle son exis­tence à la SNSM et souhaite remettre la statue à la station. Une belle histoire de protec­tion du patri­moine du sauve­tage en mer.

Qui sait ? À la suite de la Dame de la mer, d’autres œuvres d’art liées aux Sauve­teurs en Mer réap­pa­raî­tront peut-être. Comme le trophée du sauve­tage du jour­nal Le Matin, gran­diose sculp­ture en bronze remise chaque année depuis 1913 à la station ayant effec­tué le sauve­tage le plus héroïque. Elle a aussi disparu en 1940, à Royan (Charente-Mari­time), et n’a jamais été revue.

Article rédigé par Jean-Patrick Marcq.

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