Découvrez les nouvelles vedettes de sauvetage côtier de la SNSM
publié le22 Juillet 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le22 Juillet 2025

Les VSC1, longues de 12 mètres, sont capables d’intervenir dans des conditions de mer difficiles, tout en restant agiles pour se faufiler dans des zones aux accès délicats. Les VSC1, longues de 12 mètres, sont capables d’intervenir dans des conditions de mer difficiles, tout en restant agiles pour se faufiler dans des zones aux accès délicats. © Jean-Claude Hazera
Nous avons accompagné les bénévoles de la station d’Arcachon lors d’une visite à leur future vedette, en chantier à Pont-l’Abbé. C’était l’occasion de découvrir la première vedette de sauvetage côtier de type 1 de la nouvelle flotte de la SNSM. Un bateau attendu par de nombreux sauveteurs.
Comme un nouveau-né dans ses langes, le navire se devine plus qu’il se voit dans le hangar du chantier naval Pors-Moro1, à Pont-l’Abbé. Ses peintures orange et bleue sont recouvertes de papier de masquage brun pour les protéger des travaux de finition en cours. La première VSC12 de la SNSM sera bientôt prête. « VSC » pour vedette de sauvetage côtier. « 1 » parce que c’est le plus grand des navires côtiers de la nouvelle gamme des navires de sauvetage, qui vise à renouveler une centaine de moyens de sauvetage dans les années à venir.
Des fées sont penchées sur le berceau ce matin de novembre. En polaires orange, quatre représentants de la station SNSM d’Arcachon (Gironde), qui doit recevoir le bateau quelques mois plus tard. Deux sont des actifs qui prennent sur leur temps de loisir pour cette visite : Steven – adjoint au patron de la station et charpentier –, Melvin – responsable nageurs de bord et ingénieur naval. Les deux autres sont retraités : Jean-Pierre – avec son œil d’ancien menuisier naval – et Léo – nouveau patron de sortie, ancien pilote de chasse.
À leurs côtés, polaire noire sur le dos, Arnaud, le gérant du chantier, un marin très expérimenté. Aussi, les interrogations et remarques parfois pointues des futurs utilisateurs lui parlent. Les Arcachonnais posent quelquefois des questions d’ordre général sur la mise au point d’un nouveau modèle, mais ont aussi des demandes d’informations spécifiques liées aux caractéristiques et aux pratiques de leur station. Naviguant souvent sur un bassin peu profond, où les risques d’échouage sont fréquents, Steven attend par exemple avec un grand intérêt de connaître le tirant d’eau réel – final – une fois le bateau équipé et terminé (réponse : un peu plus de 1 mètre…).
Toutes les stations ont leurs particularités
« Toutes les stations ont leurs particularités et leurs habitudes, il est indispensable de prendre le temps de les écouter », explique Sylvain Moynault, inspecteur de la SNSM en charge de la zone Atlantique. Thomas Colin, chef du département soutien technique opérationnel de la flotte, complète : « C’est une série, il ne faut pas trop d’options. De plus, il est nécessaire que le navire puisse, au cours de sa vie, passer à une autre station sans problème. »
Prenons deux cas concrets. Sur la plage arrière du NSC1, le responsable des nageurs de bord d’Arcachon souhaite une échelle plus légère à remonter après intervention. Thomas donne son accord. Mais l’échelle de série, plus massive, sera stockée et il sera possible de la remettre à poste très simplement.
La station d’Arcachon peut aussi intervenir avec un deuxième moyen, un pneumatique semi-rigide rapide. Elle utilise aussi ses nageurs de bord – sauveteurs qui se mettent à l’eau pour intervenir –, comme pour secourir des personnes ou des embarcations sur la plage, dans le ressac. La vedette n’aura pas besoin de mettre en plus à l’eau une petite annexe pneumatique gonflable.
Le plan incliné, qui a été moulé dans la coque à l’arrière pour stocker une annexe gonflée, ne lui servira donc à rien. Par-dessus, on a ainsi pu prolonger le pont arrière par une plaque métallique. Dans quelques années, elle pourra être supprimée sans problème si le navire est récupéré par une station qui se sert d’une annexe.
Jeux de mimes
Des questions comme celle-là vont occuper toute la journée. Impavide, le patron du chantier questionne, note. On revient plusieurs fois sur le même sujet, s’il le faut. De temps à autre, on a l’impression que les quatre hommes en orange esquissent un étrange ballet. En les mimant, ils essayent d’imaginer leurs gestes habituels sur ce nouveau bateau.
À l’intérieur de la timonerie, on est au centimètre près. La main du barreur sur les commandes moteur ne va-t-elle pas buter sur le pied de la main courante qui permettra au mécano de s’accrocher pour descendre voir son moteur ? La place est-elle suffisante pour se glisser entre la roue de la barre et le siège du barreur ? Sur un bateau de sauvetage, rien ne doit faire obstacle à l’efficacité de l’intervention.
La SNSM est pressée de faire avancer cette série de navires côtiers, que les stations attendent. Le chantier est pressé de la terminer, parce qu’une nouvelle coque à équiper arrive sous quelques semaines pour être, à son tour, équipée. Mais tous les participants savent qu’il faut passer plusieurs journées à étudier calmement certains détails afin d’éviter des problèmes de prise en main, voire des obstacles réglementaires.
Un navire des Sauveteurs en Mer est considéré comme une embarcation professionnelle par la réglementation. Il a besoin de toutes les autorisations d’un centre de sécurité des navires pour pouvoir naviguer. Les plans ont été soumis à l’avance, mais le chantier et les sauveteurs essayent d’anticiper aussi toutes les questions. Comme ce jour-là, où l’on consacre du temps à l’éclairage de la zone d’évacuation si le navire de sauvetage devait être lui-même en perdition et évacué par l’équipage. Situation heureusement très très hypothétique.
Pour compliquer encore un peu les choses, un navire de sauvetage avec tout son équipage et son équipement est chroniquement plein comme un œuf. Par exemple, la « barquette » – ou civière flottante – sera stockée sous le plafond de la timonerie, sur bâbord, au-dessus des sauveteurs assis dans leurs sièges. « Il faudra faire attention de ne pas se cogner la tête », note l’un d’eux. Radar, VHF, caméra infrarouge, écrans de navigation, commandes des projecteurs… Il faut tout caser dans la timonerie à portée de la bonne personne, sans gêner la visibilité.
Aujourd’hui, il y a autant d’équipements sur un navire côtier de 12 mètres qu’il y en a sur un navire hauturier de 16 mètres, mais la timonerie n’a pas la même dimension. Thomas Colin Chef du département soutien technique opérationnel de la flotte
Des petits canots capables de grandes choses
Ces navires de 12 mètres sont une charnière dans la gamme des moyens de sauvetage de la SNSM. Près de 70 stations sur 188 sont équipées de moyens d’une taille similaire. 12 mètres, c’est la longueur limite qui déclenche des exigences réglementaires supplémentaires. Ces bateaux peuvent se contenter de quatre membres d’équipage et se faufiler un peu partout le long de la côte.
Et, pourtant, ils ont beaucoup d’attributs du canot de sauvetage. Entre autres, une coque fermée, cloisonnée avec des portes étanches, les rendant insubmersibles. Sauveteurs et victimes peuvent se mettre à l’abri dans la timonerie et dans le poste avant en contrebas. Deux gros moteurs (plus de 400ch chacun) autorisent des manœuvres dans beaucoup de conditions de mer et donnent la puissance pour remorquer de grosses embarcations.
Pour Arcachon, cette VSC1 aura une double fonction. C’est un « petit » navire de sauvetage, qui permettra les innombrables interventions dans les eaux calmes, mais peu profondes, à l’intérieur du bassin en période estivale. C’est aussi un navire adapté à certains sauvetages à l’extérieur ou en sortie de bassin, quand les vagues compliquent tout, surtout en bord de plage.
Le programme de renouvellement de la flotte ayant pris du retard, la direction de la SNSM a pris une option simplifiée pour concevoir rapidement ce bateau : « Au lieu de repenser complètement, on a cherché à améliorer, sans réinventer », résume Thomas Colin.
Les sauveteurs ont tiré parti de la série précédente des V2NG (vedettes de deuxième classe nouvelle génération), en tenant compte des retours d’expérience pour l’améliorer. Le cabinet d’architecte Mauric a considéré les remarques des bénévoles et a un peu modifié la coque. Par exemple, les safrans (la partie immergée du gouvernail) ont une surface plus importante pour améliorer le contrôle, notamment par mer venant de l’arrière.
Pour le reste, bien qu’ils soient dans les tout premiers utilisateurs d’une nouvelle série, les sauveteurs d’Arcachon ont pu aller visiter la V2NG de Capbreton (Landes) pour se faire une idée de leur nouveau navire. Reste au chantier de Pors-Moro – qui avait eu quelques expériences de gros entretiens de navires de sauvetage, mais pas encore de construction neuve à réaliser – à bien s’approprier le programme. Car d’autres VSC1 vont suivre. D’où la nécessité de ces longues journées de réflexion en commun. Parfois, pour aller vite, il faut savoir prendre son temps.
1 Le chantier est dit de Pors-Moro en référence au nom du quai donnant sur la rivière de Pont-l’Abbé. L’entreprise est, en réalité, éclatée géographiquement en plusieurs lieux pour trouver l’espace et les hangars nécessaires à son activité.
2 Deux premières VSC1 étaient en cours de finition en parallèle, la seconde, destinée à la station de Cavalaire, étant équipée au chantier Gatto, à Martigues (Bouches-du-Rhône).
Article rédigé par Jean-Claude Hazera