Article Sauvetage historique

Du ciré à la balise GPS : l'évolution de l'équipement des sauveteurs

publié le28 Août 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le27 Janvier 2026

Boulogne-en-Mer, canot des sauveteurs baigneurs © DR

Si les premiers sauveteurs utilisaient leurs vêtements de travail en intervention, les bénévoles disposent aujourd'hui d'outils de haute technologie.

La scène se déroule à Boulogne-sur-Mer, entre 1890 et 1910. Trois solides gaillards portent panta­lons de toile, pull-overs marins arbo­rant l’ins­crip­tion « Société humaine » et casquettes en drap de laine. Ils posent contre un robuste canot de 5 à 6 mètres de long, dans lequel on distingue des avirons. Échoué sur la plage à marée descen­dante, il est équipé d’un dispo­si­tif faci­li­tant la montée à bord d’une personne qui se trouve dans l’eau.

Boulogne-en-Mer, canot des sauveteurs baigneurs © DR

Cette photo, qui illustre une carte postale d’époque, traduit l’in­té­rêt des stations balnéaires pour le sauve­tage des baigneurs, qui seront fiers d’en­voyer à leurs proches cette vue – aussi rassu­rante qu’ori­gi­nale – de leurs vacances à la mer. Cette mer alors souvent consi­dé­rée par les « terriens » comme un milieu hostile et dange­reux, où seuls ceux qui n’ont pas d’autre moyen de nour­rir leur famille s’aven­turent.

Elle montre égale­ment que la Société humaine et des naufrages (SHN) – l’une des ancêtres de la SNSM – s’est préoc­cu­pée très tôt de l’équi­pe­ment des sauve­teurs. Notam­ment afin que les baigneurs les iden­ti­fient d’un coup d’œil, que l’alerte puisse être donnée et que les risques en inter­ven­tion soient limi­tés. Pour les victimes, comme pour les sauve­teurs.

Bras­sière de sauve­tage obli­ga­toire

À l’époque, les sauve­teurs étaient presque exclu­si­ve­ment des marins, pêcheurs ou profes­sion­nels des services portuaires. Et ils utili­saient leurs vête­ments de travail pendant les inter­ven­tions. « Jersey de laine bleue, panta­lon et caban de drap bleu, le tout dûment salé et resalé et toujours un peu humide », rapporte le docteur Jean Pillet, dans son ouvrage de réfé­rence Le sauve­tage au temps de la voile et des avirons, édité en 1986 au profit de la SNSM. De même, à bord, gardaient -ils leurs sabots – comme sur les bateaux de pêche –, qui proté­geaient effi­ca­ce­ment les pieds des chocs et résis­taient à l’hu­mi­dité. Ciré court pour l’ai­sance des mouve­ments, large panta­lon et chapeau complé­taient leur équi­pe­ment.

Mais, surtout, certains commençaient à utili­ser des bras­sières de sauve­tage, inven­tées au Royaume Uni en 1854 par le capi­taine John Ross Ward. Beau­coup de marins ne savaient pas nager. De plus, il était toujours possible de passer par-dessus bord en récu­pé­rant une victime à l’eau ou au cours d’une manœuvre. C’est encore le cas aujour­d’hui !

Cette situa­tion a perduré long­temps, jusqu’à ce que les bottes en caou­tchouc remplacent les sabots. Puis les cirés ont béné­fi­cié des progrès des maté­riaux synthé­tiques. Dans les années 1960, ils sont deve­nus jaunes, puis rouges. De nos jours, les équi­pe­ments de la SNSM sont à domi­nante orange.

La bras­sière de sauve­tage est désor­mais à gonfle ment auto­ma­tique, ce qui laisse beau­coup plus de lati­tude aux sauve­teurs. Dessous, une large gamme de vête­ments tech­niques a succédé aux cirés. Ils permettent de s’adap­ter aux condi­tions clima­tiques et à la spécia­li­sa­tion crois­sante des missions assu­rées par les sauve­teurs. Enfin, signe de l’en­ga­ge­ment toujours plus impor­tant des femmes, commencent aujour­d’hui à appa­raître des vête­ments corres­pon­dant davan­tage à leur morpho­lo­gie.

Des tenues adap­tées à chaque fonc­tion

Casque – de plus en plus souvent porté –, veste de quart, salo­pette ou combi­nai­son d’in­ter­ven­tion, voire short dans les régions chaudes, bottes ou chaus­sures d’in­ter­ven­tion, gants et gilet de sauve­tage équipent les sauve­teurs embarqués, avec une collec­tion de maté­riels indi­vi­duels desti­nés à accroître leur propre sécu­rité. Parmi eux, une balise satel­lite d’iden­ti­fi­ca­tion auto­ma­tique – ou AIS. En cas de chute à la mer, elle émet un signal de détresse et sa posi­tion précise. À bord, l’or­di­na­teur indique la direc­tion à prendre pour récu­pé­rer la personne.

De même, les sauve­teurs nageurs de bord, dotés de combi­nai­sons inté­grales et de gilets de sauve­tage spéciaux, portent des équi­pe­ments indi­vi­duels adap­tés à leur fonc­tion. Impo­sés par la nature de leurs missions, ceux des sauve­teurs plon­geurs de bord sont encore plus complets.

Pour leur part, les secou­ristes SNSM formés pour inter­ve­nir dans le cadre des dispo­si­tifs prévi­sion­nels de secours (DPS) sont équi­pés prin­ci­pa­le­ment d’une veste, d’un panta­lon et d’un gilet spécial pour armer les postes de secours instal­lés à l’oc­ca­sion de mani­fes­ta­tions impor­tantes. Enfin, les nageurs sauve­teurs qui inter­viennent sur les plages ont besoin d’un équi­pe­ment très réduit : bouée tube et radio VHF, palmes parfois. Lorsqu’ils utilisent un scoo­ter des mers ou un canot pneu­ma­tique, ils portent souvent combi­nai­son, casque et gilet de sauve­tage, et disposent du maté­riel de sécu­rité régle­men­taire.

Evolution des équipements des Sauveteurs en Mer © Adrien Dartiguenave

Des progrès constants

Ces équi­pe­ments sont en constante évolu­tion. Ainsi appa­raissent de nouvelles radios VHF indi­vi­duelles munies d’une fonc­tion inter­com, une sorte d’in­ter­phone grâce auquel les sauve­teurs présents sur le pont de la vedette restent en contact perma­nent avec ceux aux commandes dans la cabine. De même, les nageurs de bord commencent à être équi­pés d’un nouveau casque possé­dant une VHF plus perfor­mante que les précé­dentes.

Aujour­d’hui, les progrès de l’élec­tro­nique donnent aussi lieu à la mise au point de maté­riels totale ment inno­vants, de nature à accroître les capa­ci­tés d’in­ter­ven­tion des sauve­teurs tout en limi­tant les risques qu’ils peuvent être amenés à prendre. Par exemple, l’été dernier a été expé­ri­menté un drone mari­time, une sorte de grosse planche de nata­tion propul­sée par des moteurs élec­triques. Il est en mesure de traî­ner une remorque desti­née à être récu­pé­rée par l’équi­page d’un navire posi­tionné trop près des rochers pour qu’une vedette puisse l’ap­pro­cher. De même permet-il d’as­su­rer des trans­ferts de petits maté­riels entre la vedette et les sauve­teurs au contact d’une victime. En outre, il peut aider un nageur de bord à avan­cer contre un fort courant.

Les temps sont durs, mais tout ne s’arrête pas. Il y a des progrès constants, de nouveaux matériels pour contribuer à la sauvegarde de la vie humaine. Expert de la SNSM, qui a consacré plus de 40 ans de sa vie aux secours et au sauvetage.

Article rédigé par Domi­nique Malé­cot.

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