« Je ne me suis jamais senti aussi impuissant » : un sauveteur témoigne après le décès de deux marins
publié le6 May 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le6 May 2025

Illustration. Le drame a eu lieu à l’entrée du port de plaisance de Sète, à quelques mètres de la côte © Christian Ferrer
Teddy Perrin, bénévole de la station de Sète (Hérault), a assisté à la noyade de deux plaisanciers, à quelques mètres du port, lors d’un violent coup de vent. Il témoigne.
La France est balayée par la dépression Kirk, ce mercredi 9 octobre. Une vingtaine de départements sont en alerte orange pluie-inondation et de nombreuses communes subissent d’importants dégâts. À Sète, ville colorée de l’Hérault blottie sur une langue de terre, entre l’étang de Thau et la mer Méditerranée, le mauvais temps est aussi attendu dans l’après-midi : Météo-France a émis un bulletin météorologique spécial pour avertir d’un coup de vent allant jusqu’à 75 km/h, avec des vagues de 2,50 mètres.
Il y a bien de la houle en milieu de journée. Mais elle est longue et ne semble pas dangereuse. Plusieurs bateaux sont de sortie malgré l’alerte. Sur un voilier de 7 mètres, deux frères de 63 et 70 ans ont décidé de faire une rapide balade, comptant rentrer si la météo se dégrade.
« L’Armageddon en quelques minutes »
En fin d’après-midi, les deux hommes sont sur le retour. Leur voilier se trouve à l’entrée de la passe qui mène au port de plaisance quand le vent forcit subitement. « C’est devenu l’Armageddon en quelques minutes », se souvient Teddy Perrin, bénévole de la station SNSM locale. Le sauveteur de 37 ans à la barbe fournie travaille sur le môle Saint-Louis, d’où il a une vue directe sur la passe. Il est au téléphone quand il entend sa compagne et collègue hurler : « Un bateau vient de se faire coucher ! »
Des creux de plus de 6 mètres se forment en quelques minutes. Le petit voilier prend plusieurs vagues en plein travers et ne résiste pas à la force des flots. Ses deux occupants sont éjectés dans l’eau. Ils ne portent pas de gilet de sauvetage. « J’ai vu l’un d’eux tenter de nager pour se mettre à l’abri, mais c’était peine perdue », se désole Teddy Perrin. Il se précipite hors de son bureau pour tenter de secourir les deux naufragés. « J’ai voulu aller au bout de la digue pour les aider, se souvient ce père de trois filles. Mais, en montant sur la digue et en voyant la violence des vagues, je me suis dit : « Tu vas finir avec eux », et j’ai dû redescendre. Je ne me suis jamais senti aussi impuissant. »
Les employés de la capitainerie, qui ont assisté à la scène, tentent également d’aider les deux hommes. Mais leur semi-rigide est ballotté en tous sens et risque de se faire projeter sur la digue.
Les pompiers arrivent rapidement sur place, mais il est déjà trop tard. Un premier corps est rejeté par les flots sur une plage attenante à l’entrée du port. Teddy arrive sur les lieux en même temps qu’un équipage de sapeurs- pompiers. Ils entament un massage cardiaque pendant qu’un bateau des pompiers récupère la deuxième victime, elle aussi en arrêt cardio-respiratoire.
Le massage sur la première victime est vain et l’homme est déclaré décédé. Son frère, lui, est réanimé grâce à un massage cardiaque et l’utilisation d’un défibrillateur. Emmené à l’hôpital, l’homme de 63 ans succombera, malheureusement, quelques jours plus tard.
Au total, trois embarcations ont été renversées par les flots dans les environs de Sète cet après-midi-là. « Je suis sauveteur depuis dix ans, j’ai déjà pris de beaux coups de mer. Mais jamais d’aussi violents, assure Teddy Perrin. J’ai vrai ment été surpris par la vitesse à laquelle la mer a changé. »
Consultez toujours la météo avant de prendre la mer
Consultez la météo avant toute sortie en mer, quel que soit le moyen nautique que vous utilisez. Un kayak comme un yacht peuvent être mis en grande difficulté par un coup de vent : ne vous surestimez pas. Mieux vaut reporter votre sortie que de prendre un risque inutile si du mauvais temps est annoncé et, plus particulièrement, si Météo-France a émis un bulletin météorologique spécial (BMS) pour la zone où vous vous situez. En mer, une situation a priori sans risque peut devenir dramatique en l’espace de quelques secondes ; même en Méditerranée, dont le calme apparent peut être troublé en quelques instants, comme le montre le triste récit de Teddy Perrin. Les Sauveteurs en Mer vous recommandent également de toujours porter un gilet de sauvetage, quelles que soient les conditions météo.
Article rédigé par Nicolas Sivan