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Jean Le Cam, quand le coureur devient sauveteur

publié le13 Septembre 2024

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le13 Septembre 2024

Kevin Escoffier, accompagné de Jean Le Cam, à droite, à la suite de son sauvetage lors du Vendée Globe 2021. © Jean-Marie Liot ALEA

Retour sur le Vendée Globe 2020. La solidarité des marins est une vieille tradition. Les coureurs la font vivre au large. Jean Le Cam partage son retour d’expérience du dernier Vendée Globe.

D’un instant à l’autre, dès que l’or­ga­ni­sa­tion de course les informe qu’un concur­rent est en danger, les autres skip­pers se trans­forment en sauve­teurs. « C’est immé­diat. On passe tout de suite sur le mode « sauver l’autre ». Pas besoin d’en parler entre nous avant la course. On sait ce qu’on a à faire. C’est une évidence. » Jean Le Cam est le dernier d’une longue liste de « coureurs sauve­teurs » qui font la légende du Vendée Globe autant que ceux qui l’ont gagné. Il a d’ailleurs été lui-même sauvé par Vincent Riou, après son chavi­rage en janvier 2009 ; cette fois-ci, avec Yannick Besta­ven, Boris Herr­mann et Sébas­tien Simon, c’est lui qui a été dérouté pour recher­cher Kevin Escof­fier.

La diffé­rence avec les sauve­teurs, dont il appré­cie la présence rassu­rante et amicale, c’est qu’il est seul à bord. « On est au four et au moulin. Heureu­se­ment, on connaît bien nos bateaux. »

Être bien équipé pour faci­li­ter le sauve­tage

Les équi­pe­ments qui ont permis de retrou­ver Kevin Escof­fier et de le sauver sont en grande partie les mêmes que ceux que doivent embarquer les plai­san­ciers. Au-delà de 60 milles d’un abri, avoir une balise EPIRB est obli­ga­toire ; elle permet aux satel­lites de posi­tion­ner avec préci­sion l’ap­pel de détresse. Les coor­don­nées trans­mises par le CROSS Gris-Nez via l’or­ga­ni­sa­tion de course ont amené Le Cam droit sur Escof­fier, qui était réfu­gié dans son radeau, après avoir vu son bateau se plier sous lui. En approche finale, Jean Le Cam a été beau­coup aidé par son AIS1, qui captait direc­te­ment un signal de balise. La posi­tion du marin en détresse s’ins­cri­vait auto­ma­tique­ment sur l’écran dont se servent les coureurs usuel­le­ment.

En revanche, quand Le Cam est passé près du naufragé avec « une mer pas facile », il a manqué aux deux hommes la possi­bi­lité de commu­niquer par radio VHF (au-delà de 60 milles d’un abri, les plai­san­ciers sont tenus de dispo­ser d’une VHF portable en plus de la fixe). Escof­fier n’avait pas eu le temps d’en attra­per une. « On a cru se comprendre à demi-mot, mais on n’en­ten­dait rien », relate Le Cam. Une VHF portable dans le radeau de survie aurait aidé.

Jean Le Cam avait besoin de réduire encore la voilure de Yes We Cam ! avant de tenter d’em­barquer Kevin. Une fois la manœuvre termi­née, il avait perdu le naufragé ! Plus de signal de la balise. Éteinte ? Trop loin ? Trop de vagues ? La nuit tombait. Très inquiet de ne plus le voir sur son écran, Le Cam a hésité mais a conti­nué ses recherches de nuit, malgré la crainte clas­sique du sur-acci­dent. « Il y avait deux autres bateaux sur zone, plus, peut-être, l’épave du PRB de Kevin », précise-t-il.

Un flash lumi­neux dans la nuit sombre

Et, d’un coup, il a vu ce qu’il manque trop souvent aux sauve­teurs quand la nuit tombe : une simple lumière. « J’ai d’abord cru que c’était un flash, mais c’étaient juste les vagues qui me la cachaient par moments. » C’était la lumière du radeau de Kevin. Le Cam est passé assez près pour pouvoir lui envoyer un rescue tube, équi­pe­ment recom­mandé à tous les plai­san­ciers. « Heureu­se­ment, il l’a attrapé du premier coup. » Cette phase est très diffi­cile pour une personne à la mer peu entraî­née. Kevin a réussi à s’ac­cro­cher à une barre de trans­mis­sion à l’ar­rière et à remon­ter en s’ai­dant de quelques marches sur la coque.

Grâce aux trans­mis­sions par satel­lite, les télé­spec­ta­teurs du monde entier ont pu voir Escof­fier enfin à bord du bateau de Le Cam. Au cours de l’un des échanges radio qui ont suivi, Escof­fier s’ex­cu­sait de ce « désa­gré­ment » auprès des autres concur­rents. « Le sauve­teur est plus inquiet que le sauvé. C’était la même chose pour moi », conclut Le Cam.

1 – Le système auto­ma­tique d’iden­ti­fi­ca­tion permet de trans­mettre aux navires (équi­pés d’un récep­teur) les infor­ma­tions rela­tives aux navires émet­teurs dans un certain rayon (posi­tion, cap, vitesse, route, colli­sion, etc.).

Article rédigé par Jean-Claude Hazera.

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