La Réunion : sauvé alors qu'il dérivait en compagnie d'un requin
publié le15 Décembre 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le15 Décembre 2025

Un requin bouledogue d’environ 2 mètres s’est approché du SUPeur en détresse © ume-y/flickr
Deux hommes en stand-up paddle foil (SUP foil) ont été surpris par une mer agitée au large de Saint-Joseph, à l’île de La Réunion, le 1er mai dernier. Incapables de rejoindre le bord, ils sont rapidement secourus par les bénévoles de la station SNSM de Saint-Pierre. L’un d’eux, extrêmement choqué, affirme avoir vu un requin rôder autour de lui.
Quelque 35 km/h de vent et de légères vagues. Les conditions sont idéales pour pratiquer le stand-up paddle foil dans les eaux de l’île de La Réunion en cet après-midi du 1er mai. Le SUP foil se pratique avec une planche de stand-up paddle montée sur un foil. En se servant d’une pagaie pour prendre de la vitesse, les pratiquants parviennent à décol ler, puis à se maintenir au-dessus des flots, avec le seul foil plongé dans l’eau. Quatre SUPeurs se mettent à l’eau au large de la commune de Saint-Joseph, au sud de l’île, pour « voler » au-dessus de l’océan Indien.
Malheureusement pour eux, la météo se dégrade soudainement, rendant leur activité périlleuse. « Ils ont été pris dans le courant et ne parvenaient plus à regagner le bord, raconte Jean-Pierre Sparton, patron de la station de Saint-Pierre. Il y avait un vent de force 6 sur l’échelle de Beaufort et énormément de houle. » Rapidement, l’océan se déchaîne et les rafales atteignent 50 km/h. Coiffées d’une écume blanche, les vagues grossissent, avec des creux jusqu’à 3 mètres. Le chaos est orchestré par la collision de différentes houles, propre au sud de l’île.
Dans ce contexte agité, le quatuor se sépare et tente de gagner le bord par tous les moyens. Deux d’entre eux y parviennent, avec de grandes difficultés. Les deux autres se perdent de vue et dérivent dangereusement. L’un des naufragés toujours à l’eau contacte le CROSS grâce à son téléphone portable, qu’il a heureusement apporté avec lui. Pensant que ses trois camarades sont à terre, il signale qu’il est le seul en danger. « C’est un excellent réflexe, il faut toujours avoir son téléphone sur soi quand on fait ce genre d’activités à risques », commente Jean-Pierre Sparton.
Récupéré par hasard
À 14 h 27, le CROSS déclenche les Sauveteurs en Mer de la station de Saint-Pierre. Il indique aux bénévoles la zone dans laquelle la victime se trouve, ainsi que son numéro de téléphone. Les canotiers prennent immédiatement contact avec elle pour la rassurer. Face à l’état de la mer, le patron prend la décision d’élargir son dispositif d’intervention à la mer.
« J’ai appelé Paul pour qu’il puisse nous guider depuis la terre. C’est un membre de la station qui habite à proximité. Avoir un œil depuis la terre quand on intervient près de la côte est précieux lorsque la mer est forte, comme c’était le cas ici. » Placé stratégiquement en haut d’une falaise, Paul Lebon occupe le rôle de moderato. Sa position surélevée lui permet de voir au loin, ce qu’une vedette ne peut pas faire face à des vagues de plusieurs mètres.
Le semi-rigide SNS 730 Argano prend la mer vingt minutes après l’alerte, à la recherche de la personne qui a appelé les secours. Quinze minutes plus tard, les sauveteurs pensent que c’est chose faite. « Nous avons récupéré une première victime, mais ce n’était pas elle qui avait contacté les secours. Le CROSS nous affirmait que ça ne correspondait pas avec l’alerte passée », relate Jean-Pierre Sparton. Sans le savoir, les bénévoles viennent de sauver l’autre SUPeur à la dérive, qui n’avait pas pu joindre le CROSS. Bien que fatigué d’avoir lutté contre le courant, il ne présente aucune détresse vitale.
La vedette des Sauveteurs en Mer repart en quête de la première victime. Grâce à la sentinelle et à la précision de la zone de recherche donnée par le CROSS, les bénévoles ne mettent qu’une vingtaine de minutes à la retrouver. Le quadragénaire confie immédiatement son soulagement aux bénévoles : un requin a rôdé autour de lui pendant de très longues minutes. Il est profondément choqué par ce qu’il vient de vivre.
La menace d’un requin bouledogue
« Il était vraiment terrorisé, se remémore Jean Pierre Sparton. Le requin en question était un bouledogue d’environ 2 mètres. Ce sont des requins de côte qui aiment bien les embouchures, comme ici. » Le soulagement de la victime est légitime : entre 2011 et 2019, on recense 25 attaques – dont 11 mortelles – sur le littoral réunionnais. La mâchoire asymétrique de cette espèce fait également des dégâts au large des côtes brésiliennes ou australiennes. Son appétence pour les bords de mer en fait l’un des grands requins les plus dangereux pour l’homme.
Nos sauveteurs sont formés et entraînés pour effectuer ce type de sauvetage. Grâce à votre soutien, vous les aidez à être présents la prochaine fois !
Article rédigé par Rémy Videau
Équipage engagé
Semi-rigide SNS 730 Argano
Patron : Jean-Pierre Sparton
Canotiers : Gwenael Curt, David Jacob, Marc Vergne
Nageurs de bord : Eliott Bars, Laurent Grillot
Moderato : Paul Lebon