Le Croisic : première intervention des sauveteurs dans le parc éolien
publié le12 Août 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le27 Janvier 2026

Les Sauveteurs en Mer sont intervenus pour la première fois le 4 avril 2025 dans le champ de 80 éoliennes en mer, situées en face de Saint-Nazaire. © Tim Fox
En avril 2025 a eu lieu la première collision entre un bateau et une éolienne du premier parc offshore de France. L'occasion pour le nouveau bateau de la station du Croisic d'y effectuer sa première intervention.
Trois heures passées de sept minutes. L’écran du téléphone de Patrick Le Bescond s’éclaire au milieu de la nuit. La sonnerie retentit. L’ancien marin se réveille et décroche instantanément : les quarts de veille qu’il a effectués tout au long de sa carrière lui ont appris à réagir vite, quelle que soit l’heure.
Au bout du fil, un opérateur du CROSS1 Étel l’informe qu’un chalutier vient de percuter une éolienne du parc de Saint Nazaire. Le choc a provoqué une importante voie d’eau, qui remplit peu à peu la salle des machines du Lola Julia. « Quand j’entends ça, je me dis : « Il ne faut pas traîner », se remémore-t-il. J’ai aussi une légère appréhension, car c’est la première fois que je vais intervenir dans le parc éolien, de nuit, qui plus est. » Patron de sortie de la station en alerte cette nuit-là, il enfile des vêtements à la hâte et prévient les autres sauveteurs grâce à une application dédiée.
À quelques kilomètres de là, dans une autre maison de la presqu’île guérandaise, c’est au tour du smartphone de Benoît Julien de sonner. L’homme de 61 ans ouvre les yeux et décroche. Une voix synthétique l’informe qu’il doit se rendre le plus rapidement possible au bâtiment qui abrite le SNS 17–08. Il ne faut que quelques minutes après l’alerte lancée par l’équipage du Lola Julia pour que tous les bénévoles de la SNSM soient prévenus. Moins d’un quart d’heure plus tard, onze d’entre eux sont prêts à embarquer.
Évacuation dans le radeau de survie
En mer, pendant ce temps, tout s’enchaîne. Leur bateau commençant à s’enfoncer dans l’eau froide, les quatre pêcheurs déploient leur radeau de survie. Deux matelots montent à bord, tandis que le capitaine et le mécanicien restent, pour l’instant, sur le chalutier. Alertés par le CROSS, deux navires qui se situaient dans les environs arrivent rapidement à proximité du champ de 80 éoliennes signalées par des lumières rouges. Le bateau de pêche Le refuge du pêcheur récupère les hommes se trouvant dans le radeau. L’Innovent, navire chargé du transfert du personnel du parc éolien, recueille les deux derniers marins à bord du Lola Julia. Vide d’occupants, le navire de 20 mètres coule lentement.
Le SNS 17–08 Pierre Bouguer quitte Le Croisic avec huit bénévoles à son bord. Les trois autres n’embarquent finalement pas afin de ne pas encombrer le navire. « J’ai dit à ceux qui travaillent tôt le matin de rester à terre, car l’intervention risquait d’être longue, souligne Patrick Le Bescond. Et huit sauveteurs, c’était bien assez. Il suffit de six personnes pour que notre bateau soit opérationnel. »
Navire de sauvetage flambant neuf
Le navire de sauvetage hauturier de type 1 (NSH1) est arrivé seulement quelques mois auparavant en Loire-Atlantique. Ce fleuron des nouvelles constructions de la SNSM bénéficie des dernières avancées technologiques. Malgré les deux moteurs de 750 ch qui tournent à plein régime pour lui permettre de filer à 25 nœuds (46 km/h), le calme règne dans le cockpit insonorisé. Benoît Julien, nageur de bord qui aura la charge de monter sur le Lola Julia, en profite pour prendre des informations précieuses. « J’ai demandé aux équipiers qui connaissent mieux les chalutiers que moi de m’expliquer à quoi j’aurai affaire », relate cet ancien pompier volontaire.
Le Pierre Bouguer rejoint le Lola Julia un peu avant 4 heures. Le chalutier s’est éloigné des éoliennes. Benoît Julien et un équipier sont transférés avec une motopompe sur le navire, qui s’est enfoncé dans l’eau, mais n’a pas sombré. « Je descends immédiatement dans la salle des machines par un trou d’homme, décrit-il. En bas, c’est la marée noire, une épaisse couche d’huile et de carburant flotte à la surface. J’installe vite le tuyau d’aspiration pour essayer d’étaler2 la voie d’eau. »
Les deux pêcheurs en détresse sont transbordés sur le SNS 17–08. Le débit de la motopompe, qui aspire l’eau de la salle des machines pour la rejeter en mer, semble suffisant pour stabiliser le bateau de pêche. Le capitaine et son mécano rejoignent alors leurs compagnons de travail sur le NSH1. « Avec tous les projecteurs dont est équipé notre bateau, on a une visibilité merveilleuse pour effectuer ce genre de manœuvre, souligne le patron du Croisic. Cela a aidé d’avoir les pêcheurs à bord, car ils connaissent leur bateau sur le bout des doigts. »
L’eau remonte dans la salle des machines
Le navire de sauvetage de la station du Croisic entame son remorquage. Benoît Julien est toujours dans son trou d’homme, à sur veiller attentivement le niveau de l’eau. « J’y ai passé trois heures, explique-t-il. Je devais faire très attention à ne pas être asphyxié par les gaz d’échappement de la motopompe. »
Mais, pendant le remorquage, peut-être à cause de la vitesse de 6 nœuds (11 km/h), le bénévole s’aperçoit que l’eau remonte dans la salle des machines. Il prévient ses coéquipiers par radio, qui décident de faire appel à la station voisine de La Turballe pour mettre en place une seconde motopompe. La vedette SNS 254 Garlahy et le semi-rigide SNS 608 Tourlandrou II quittent la côte. Trente minutes plus tard, les moyens venus de La Turballe rejoignent le convoi. Les bénévoles décident de transférer la seconde motopompe sur le chalutier sans prendre le temps de s’arrêter.
« Quand un bateau coule, chaque minute compte », insiste Patrick Le Bescond. Les Sauveteurs en Mer réalisent une prouesse de coopération : tout en faisant route, la SNS 254, pare-battages3 à l’avant pour amortir un éventuel choc, colle sa proue à la poupe du chalutier et transfère trois équipiers et la motopompe. « Cela a nécessité des sauveteurs bien entraînés et des patrons capables de manœuvrer finement, observe-t-il. Ça nous a fait gagner un temps fou. »
Les trois bénévoles installent la seconde motopompe sur le pont du chalutier. Le niveau d’eau se stabilise à nouveau. Le convoi poursuit sa route. Les trois navires arrivent au port de La Turballe à 7 heures. Le Lola Julia est sorti de l’eau, permet tant de dévoiler « une entrée d’eau grosse comme le bras. Cette première intervention dans le champ éolien a été menée d’une main de maître, se réjouit Patrick Le Bescond. C’est une bonne nouvelle, d’autant que nous savons que cela pourrait se reproduire. Un véritable tourisme industriel s’est développé depuis que les éoliennes ont été installées. Des bateaux transportent parfois jusqu’à 200 touristes qui veulent les voir. C’est vraiment nouveau. »
1 CROSS : centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage.
2 Étaler : faire en sorte que le niveau cesse de monter dans une embarcation qui prend l’eau. 3– Pare-battage : protection destinée à amortir les chocs entre un navire et un quai ou un autre navire.
Équipage engagé
STATION DU CROISIC NAVIRE DE SAUVETAGE HAUTURIER DE TYPE 1 SNS 17-08 PIERRE BOUGUER
Patron : Patrick Le Bescond
Second : Alain Le Cam
Mécanicien : Serge Paulay
Équipiers : Cyrille Bodier, Bruno Flament, Jan-Philippe Herrouin, Benoît Julien, Éric Tribert
Équipage engagé
STATION DE LA TURBALLE VEDETTE DE DEUXIÈME CLASSE SNS 254 GARLAHY
Second : Dany Lezebot
Mécanicien : Patrick Corbeau
Équipiers : Frédéric Doré, Yves Le Goff
Équipage engagé
STATION DE LA TURBALLE SEMI-RIGIDE SNS 608 TOURLANDROU II
Patron : Jonathan Benigue
Équipiers : Lilian Dousset, Gaylord Michel, Xavier Pouteau
Article rédigé par Nicolas Sivan