Le point sur les constructions neuves de la SNSM
publié le24 Juillet 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le24 Juillet 2025

Le Pôle de soutien de la flotte de Saint-Malo, jusqu’ici chargé de l’entretien des moyens de sauvetage, pourrait être amené à équiper et terminer des navires © Clément Quibel
Le plan de renouvellement des moyens de sauvetage de la SNSM a dû être revu. Baptiste Fantin, directeur technique de la SNSM, et Olivier Stosskopf, son adjoint, remettent le sujet à plat.
Les Sauveteurs en Mer auront besoin de plus de bateaux neufs qu’à l’accoutumée dans les années à venir afin de renouveler une flotte vieillissante. Ils avaient profité de cette augmentation de la demande pour esquisser, avec l’architecte Frederic Neumann, une flotte idéale simplifiée. Elle comportait deux modèles de grands navires hauturiers – pour aller loin dans le gros temps et remorquer de gros bateaux – et quatre modèles de navires côtiers, de la vedette de 12 mètres au petit pneumatique. Le Chantier Naval Couach (CNC) devait gérer cette gamme simplifiée et standardisée, depuis les études jusqu’à la fabrication. Cependant, le processus s’est avéré plus long et plus difficile que prévu, et certains navires de la gamme n’ont toujours pas vu le jour.
À la date de rédaction de cet article, le navire de sauvetage hauturier de type 1 (NSH1) de 17,50 mètres a été mis au point par le CNC et sept unités sont opérationnelles. Ces bateaux, « sont très appréciés par leurs premiers utilisateurs », souligne Olivier Stosskopf, directeur technique adjoint de la SNSM. Excellente tenue à la mer, efficacité de l’écope arrière, silence dans la timonerie… La flotte de ces grands navires stratégiques fait peau neuve à un bon rythme. Par ailleurs, le premier navire côtier de deuxième classe (NSC2) a été livré à la station de La Londe-les-Maures (Var) et plusieurs unités du navire côtier de troisième classe (NSC3) équipent les stations.
Un type de navire hauturier moins grand (15 à 16 mètres de long) avait été prévu dans la gamme confiée au CNC, notamment afin de pouvoir le rentrer dans les abris existants – aux proportions contraintes – de certaines stations. Ce navire n’étant toujours pas mis au point par le CNC et la SNSM devant répondre à l’urgence pour doter les stations dont les navires sont hors d’âge, la décision a été prise de s’adresser à d’autres architectes et chantiers navals. L’architecte Didier Marchand, du cabinet Pantocarène, a été choisi pour mettre au point un navire qui va s’appuyer sur les modèles de navires qu’il a déjà fournis à de nombreux exemplaires pour la SNSM.
Bientôt des bateaux construits par la SNSM ?
Par ailleurs, la SNSM s’implique de plus en plus dans le processus de fabrication. Tout ou partie des bateaux pourraient, si nécessaire, être équipés et finis par le Pôle de soutien de la flotte (PSF), le chantier naval de la SNSM à Saint Malo (Ille-et-Vilaine). La RNLI – l’équivalent britannique de la SNSM – produit d’ailleurs ses propres bateaux.
Derrière cette idée se cache un souci latent. Le tissu industriel français dispose de peu de chantiers navals adaptés à des clients professionnels comme la SNSM, qui utilise des bateaux de tailles moyennes. Au demeurant, ce sont deux de ces chantiers qui produisent les plus grands des navires de sauvetage côtier. Là aussi, la SNSM a repris langue avec le cabinet d’architecte Mauric, pour adapter une série existante, afin que le programme progresse plus rapidement.
Dans la future gamme à disposition des stations, en dehors de ces vedettes de 12 mètres, sont également prévues quelques vedettes légères en aluminium, de 9 mètres. Elles sont très appropriées à l’environnement de certaines stations, par exemple dans le Cotentin. Elles partent de la plage, se faufilent entre les parcs à huîtres. Il faut, pour cela, des coques qui résistent aux frottements. C’est le chantier Cap Caval Marine, à Lesconil, dans le Finistère, qui a été choisi. Il construit déjà pour le secteur de la pêche.
Prolonger la durée de vie des moyens existants
L’aluminium, on en retrouvera entouré de boudins en caoutchouc gonflés dans certains des fonds de coque des semi-rigides rapides, qui rendent de plus en plus de services. Comme le navire de sauvetage côtier de type 2 (NSC2), grand semi-rigide à timonerie du CNC, très prometteur comme vrai petit navire de sauvetage. La mise au point a été longue. Mais il est maintenant opérationnel à la station de La Londe-les-Maures (Var), où des bénévoles d’autres stations peuvent aller l’essayer.
Par ailleurs, la direction technique insiste beaucoup sur l’entretien des bateaux existants. Le Pôle de soutien de la flotte a repris la tradition de la « cannibalisation » des navires en fin de vie : il récupère des pièces susceptibles de ne plus être commercialisées ; ce « don d’organe » prolongeant la durée de vie des autres. Le « refit » (ou renouvellement des équipements) des semi-rigides permettra aussi de doubler leur durée de vie tout en dépensant moins que pour acquérir un bateau neuf. Une nécessité dans la période de turbulences financières que connaît aujourd’hui l’association.
Normes antipollution et sauvetage en mer
Les navires de sauvetage sont des navires professionnels, même s’ils sont opérés par des bénévoles. Les premiers navires de sauvetage hauturiers de type1 (NSH1), fers de lance de la nouvelle flotte, ne disposent pas des équipements de dépollution des oxydes d’azote, désormais obligatoires. Le gouvernement Barnier a exempté quatre navires de la SNSM. Cette dernière et le Chantier Naval Couach vont tout faire pour intégrer ces équipements aux prochains navires, « en espérant que les motoristes aient progressé pour limiter le poids et l’encombrement », précise Baptiste Fantin. Même si la plupart des autres pays européens n’ont pas imposé cette norme aux sauveteurs, qui naviguent peu, donc polluent peu.
Plus petit, moins cher
Pendant que le renouvellement de la flotte prenait du retard, l’inflation a fait un retour (re)marqué. Dans le même temps, la visibilité financière de la SNSM s’est détériorée, notamment à cause de la baisse des subventions publiques. Quelles solutions pour s’équiper en nouveaux bateaux dans ce contexte ? « Voir plus petit, quand c’est possible », suggère Baptiste Fantin. Des stations qui n’interviennent pas trop loin et par temps maniable font des merveilles avec un semi-rigide, moins coûteux qu’une vedette classique. S’il faut aller au secours d’un trop gros bateau et/ou affronter une mer trop grosse, on pourra faire appel à une autre station de la zone.
Article rédigé par Jean-Claude Hazera.