Le sauvetage en mer s'apprend dès l'école
publié le17 Mars 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le17 Mars 2025

La SNSM intervient régulièrement dans les salles de classe, comme ici devant les élèves du lycée d’excellence Edgar Morin, à Calais. © Damien Langlet
Les bénévoles de la SNSM réalisent de nombreuses missions de prévention dans des établissements scolaires. Dès le plus jeune âge, les enfants sont ainsi sensibilisés aux risques de la mer et du littoral, ou initiés au sauvetage en mer. Une mission essentielle.
Former, c’est aussi sauver. La sensibilisation aux dangers de la mer fait partie des missions principales de la SNSM. Tout au long de l’année, de nombreux bénévoles travaillent avec les établissements scolaires avec deux objectifs en tête : partager les bonnes pratiques et transmettre la valeur de l’engagement.
Pour faciliter ce travail, la SNSM et l’Éducation nationale ont signé une convention en 2020 afin « d’engager un partenariat autour de l’engagement citoyen, de la prévention des noyades et de l’éducation au développement durable ». Stations et centres de formation et d’intervention ont ainsi noué des partenariats avec des établissements scolaires. En 2022, 105 structures locales ont organisé des interventions auprès de divers établissements.
Car il n’est jamais trop tôt pour prendre les bons réflexes. À Saint-Briac-sur-Mer (Ille-et-Vilaine), les bénévoles dispensent tous les ans une demi-journée de prévention pour les grandes sections de maternelle, les CM1 et les CM2. « Ils sont à fond ! On arrive avec nos tenues opérationnelles dans la classe et on explique leur utilité », s’enthousiasme Michel Payrat, président de la station locale.
Avec les plus grands, les sauveteurs essayent de susciter des vocations. Dès la 3e, les élèves peuvent développer leur intérêt pour le milieu maritime grâce au brevet d’initiation à la mer (BIMer), créé en 2020. Pendant une quarantaine d’heures, ils acquièrent des compétences techniques maritimes, comme la navigation ou la flottabilité des embarcations. « Si on parle mer aux jeunes et qu’après, on en recrute deux ou trois, c’est déjà gagné », estime Philippe Auzou, délégué départemental adjoint de la SNSM pour le Calvados. Il est à l’initiative du premier BIMer du département, mis en place au lycée technique Jules Verne de Mondeville. « Le plus important est de leur montrer notre activité. Nous leur avons fait découvrir le bateau, puis ils ont participé à une sortie en mer, ajoute le bénévole. Tous les élèves ont beaucoup apprécié. »
Les lycées professionnels maritimes et aquacoles sont aussi un moyen intéressant de s’adresser à un public déjà sensibilisé. Ces établissements forment au métier de marin, que ce soit pour la pêche, le commerce, la plaisance ou les cultures marines. « Tous sont plus ou moins liés à une station de la SNSM », indique Julien Cometto, délégué départemental SNSM de la Haute-Corse.
Dans son département, c’est la station de Bastia qui s’est rapprochée du lycée maritime. « Le but est que nos jeunes trouvent, à travers la SNSM, la concrétisation de ce qu’ils apprennent ici, au lycée maritime », souligne Evelyne Orsini, directrice du lycée maritime de Bastia. Déjà une réussite pour la station, qui a recruté certains anciens élèves. Leurs connaissances de la navigation sont grandement appréciées dans un équipage, même si aucune compétence professionnelle n’est requise pour rejoindre la SNSM.
À Lourdes, une section sauvetage en mer en pleine montagne
Une option sauvetage en mer a vu le jour il y a dix ans au sein d’un collège-lycée de la ville des Hautes-Pyrénées. Elle permet aux élèves de découvrir une discipline méconnue, tout en répondant à un besoin local en surveillants de baignade.
Apprendre le sauvetage en mer dès le collège et le lycée. C’est ce qu’a fait Terry Augé, tout juste 18 ans et fraîchement bachelier en cet été 2024. Il a partagé son temps entre ses cours et la natation au sein de la section Sauvetage de la cité scolaire publique de la Serre de Sarsan, à Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées. « C’était très intéressant d’apprendre ces techniques », résume le jeune homme, qui a obtenu son brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA) à l’issue de la formation.
Ce dispositif rare, créé il y a dix ans par l’une des professeures d’éducation physique et sportive de l’établissement, Nadine Richou, regroupe chaque année une bonne vingtaine d’élèves. Une section sauvetage aquatique à Lourdes, à deux heures de l’océan ? Oui, car la formation de sauveteur est un véritable enjeu local : le piémont haut-pyrénéen compte de très nombreux espaces aquatiques – lacs, rivières, camping avec piscines… Sans perdre de vue les besoins de la côte basque.
La section donne la possibilité aux élèves d’atteindre un bon niveau de pratique dans la discipline, tout en conciliant scolarité normale et entraînement renforcé, qui a lieu les jours de classe ainsi que les mercredi après-midi. Les élèves ont des objectifs précis à valider : être en mesure de gérer la sécurité d’un lieu de pratique aquatique, savoir porter secours, gérer la chaîne des secours, maîtriser l’hygiène de l’eau et de l’air…
C’est aussi une expérience de solidarité et d’entraide. « Je retiens avant tout les liens que l’on tisse avec ses camarades, tout le monde se tire vers le haut, note Terry. On apprend à travailler en équipe, à se coordonner. Être sauveteur, c’est aussi savoir donner des directives et prendre des initiatives, et tellement d’autres points sur lesquels on peut apprendre sur soi ou les autres ! »
L’avenir du jeune homme s’écrit maintenant en licence sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Mais, avant, il a passé l’été en tant que sauveteur aquatique aux thermes de Cauterets. Et il promet de bientôt se rapprocher des Sauveteurs en Mer, dans l’intention de compléter sa formation et, certainement, devenir nageur sauveteur de la SNSM lors d’une saison prochaine.
À Plouescat, une option « Collégien, citoyen, sauveteur » unique en France
Pendant une année scolaire, treize élèves de 4e ont vécu au rythme des entraînements des bénévoles du Finistère… Une option unique, mise en place par l’une de leurs enseignants, également sauveteuse.
Pas toujours facile de se lever le dimanche matin quand on est collégien. Pourtant, plusieurs week-end de l’année passée, une quinzaine d’élèves du collège Saint-Joseph ont enfilé leur combinaison sur la plage de Plouescat (Finistère), prêts à affronter les vagues. Ils étaient accompagnés d’Anne-Sophie Moal et de Julie Lejeune, professeures de français et d’éducation physique et sportive, dans le cadre d’une option Collégien, citoyen, sauveteur en mer.
Cette option unique en France a été lancée en 2023 par Anne-Sophie Moal, également équipière de la station SNSM locale. « On m’a transmis beaucoup de valeurs lorsque je me suis formée, que j’aimerais moi-même transmettre aux plus jeunes. » La démarche plaît aux élèves : à la rentrée, treize volontaires étaient inscrits. « J’ai déjà vu des sauveteurs en action et ça me plairait de faire ça plus tard », s’enthousiasme Abby, l’une des participantes.
Tout au long de l’année, sur leur temps libre, ces collégiennes et collégiens ont participé à des ateliers avec les bénévoles de la station. Fin septembre, ils ont joué les victimes durant une formation. « Les sauveteurs avaient plusieurs problèmes à gérer à la fois », se souvient Jordan. « C’était un véritable travail d’équipe », renchérit son ami Loris.
Les mercredis après-midi, les adolescents se sont formés aux gestes de premiers secours. Une fois aguerris, ils ont eux-mêmes montré les gestes qui sauvent aux membres du club de football local et à des employés d’une agence bancaire de Plouescat. « Je pense qu’à partir de 10 ans, il faut vraiment avoir les bases des premiers secours, juge Maxence. On ne sait jamais ce qui peut arriver. »
« Si on loupe une évaluation de grammaire, on rattrape à la prochaine, mais si on loupe un massage cardiaque, là, il n’y a pas de prochaine fois », renchérit la jeune Sanaa. Durant le cross du collège, les apprentis sauveteurs disposaient de leur propre poste de secours et ont pu aider certains camarades en difficulté.
Cette initiation leur a aussi permis de prendre de bons réflexes. « Des parents nous ont fait des retours des comportements des élèves à la maison, indique Anne-Sophie Moal. Notamment, ils anticipent mieux les risques quotidiens. »
Grâce à leur engagement, ils ont reçu le Trophée breton de la citoyenneté 2024, remis par la mairie. « Je me rappellerai toujours l’expression de Loris, il était ébahi, se remémore l’enseignante de français. Ils ne sont pas rendu compte de l’importance de leur action. C’était devenu naturel pour eux. Là, j’étais fière. »
L’année prochaine, tous les élèves continueront à suivre l’option et seront rejoints par les nouveaux élèves de 4e. « On sème des graines sans savoir ce qu’on va récolter, philosophe Anne-Sophie Moal. L’idée, c’est de leur donner envie de se former au sauvetage en mer. »
Article rédigé par Clarisse Oudit-Dalençon et Alain Mila.