Les bénévoles du Tréport à la recherche d'un navire fantôme
publié le20 Janvier 2026
écrit parChloé ORER
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mis à jour le20 Janvier 2026

Le voilier Eschaton a laissé ses moteurs embrayés afin de limiter les efforts de la vedette des sauveteurs pour le remorquer dans une mer difficile © Cyril Poidevin
Des conditions atmosphériques perturbant les ondes radio ont sérieusement compliqué le sauvetage d’un grand catamaran en panne de gouvernails. Il a été remorqué à Dieppe par la SNS 209 du Tréport.
Message mystère. Il est très précisément 15 h 17, ce 6 avril 2025, lorsque le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez reçoit un appel d’urgence par radio VHF. Mais le message est pratiquement inaudible. Le nom du navire et, surtout, sa position sont « impossibles à déterminer », selon le rapport du CROSS. Celui-ci interroge ses homologues britanniques et de Jobourg (Manche), ainsi que plusieurs navires dans les environs. Sans résultat.
Nouvel appel huit minutes plus tard. Cette fois, le sémaphore d’Ault, situé à quelques kilomètres au nord du Tréport (Somme), semble avoir identifié le requérant. Il s’agirait du voilier allemand Eschaton, un imposant catamaran de 14 mètres de long et 9 mètres de large. Les tentatives de contact restent vaines, mais, avec ce nom, les opérateurs du CROSS Gris-Nez obtiennent de leurs homologues allemands le numéro de téléphone du propriétaire. Ce dernier demeure malheureusement injoignable.
Plusieurs navires présents dans les environs, dont le chalutier Égalité et le bateau de plaisance Qianfan, sont sollicités pour tenter de prendre contact avec le navire en détresse. Ils n’ont pas davantage de succès et l’Eschaton poursuit ses appels, toujours aussi peu distincts. Ce jour-là, les communications radio étaient très difficiles. En effet, des conditions atmosphériques particulières favorisaient la propagation des ondes radio, au point de générer des interférences. La densité du trafic maritime dans un secteur autant fréquenté que le nord de la Manche peut contribuer à amplifier ce phénomène.
Le CROSS Gris-Nez engage donc, dès 15 h 58, la SNS 209 Président JC Fortini, du Tréport, pour « recherche du voilier, point de situation sur son état et assistance en cas de demande d’assistance confirmée ». Quelques minutes plus tard, il fait également appel à l’hélicoptère de la Marine nationale basé au Touquet pour rechercher l’Eschaton, déterminer l’état dans lequel il se trouve et relayer les communications radio, « particulièrement difficiles », précise son rapport. C’est chose faite à 15 h 54. Entre-temps, le Qianfan a capté un nouvel appel de l’Eschaton, annonçant un problème de gouvernail.
Éviter la collision
Rendu sur les lieux, le bateau de pêche Égalité signale deux personnes à bord du catamaran et tente de passer une remorque. L’hélicoptère a déposé à bord un plongeur pour aider à la manœuvre. Mais les conditions de mer la rendent extrêmement critique et dangereuse. Un abordage entre un lourd chalutier et un bateau de plaisance qui serait provoqué par une vague pourrait entraîner des conséquences dramatiques. La vedette de la SNSM arrivant sous quelques minutes, l’hélicoptère reçoit l’ordre de récupérer son plongeur et de regagner sa base, tandis que liberté de manœuvre est donnée au Qianfan et à l’Égalité. Il n’y a pas urgence à agir, car l’équipage de l’Eschaton n’est, a priori, pas en danger.
La SNS 209 est sur place à 17 h 40. « Nous faisons un tour de sécurité pour voir s’il n’y a pas de voile dans l’eau ou autre chose et si je peux me rapprocher de lui, se rappelle le patron, Cyril Poidevin. Nous discutons avec un des plaisanciers par VHF pour savoir ce qu’il lui arrive. Il ne parlait pas du tout français et très très peu anglais ! »
Les deux nageurs de bord grimpent alors dans l’annexe du canot, puis rejoignent le voilier, sur lequel l’un d’eux monte. Il peut ainsi constater lui-même la raison de l’incident. « Cela nous a permis de communiquer un peu plus facilement avec le propriétaire et d’apprendre que ce n’est pas une panne de moteur, mais une avarie de barre, raconte Cyril Poidevin. Ses safrans sont bloqués à bâbord et il ne peut plus naviguer. »
Après évaluation de la robustesse des taquets d’amarrage, décision est prise d’amarrer une remorque à un gros taquet central sur l’avant du bateau. Peu après 18 heures, « Nous commençons le remorquage et je dis au propriétaire de laisser ses moteurs embrayés afin de réduire la force nécessaire pour le remorquer », poursuit le patron.
« Le propriétaire, qui navigue à longueur d’année, est très expérimenté, ajoute Nicolas Maupin, nageur sauveteur de bord. Il voyageait avec son fils. Il n’y a eu aucun problème à lui transmettre les recommandations d’usage et il a donné un sacré coup de main à l’équipier qui était à bord du catamaran. »
Une remorque de 150 mètres de long
Après quelque deux heures de remorquage dans une houle de 1,50 mètre arrivant par l’arrière, les moteurs du catamaran s’arrêtent. « Il fallait donc tirer davantage et nous avons repassé une remorque plus solide, de 150 mètres de long [ndlr : pour limiter les à-coups] », explique Cyril Poidevin. Nous l’avons remorqué comme cela jusqu’à Dieppe. »
En entrant dans le port, la vedette s’est mise à couple du voilier pour faciliter l’accostage au ponton désigné par la capitainerie. Les sauveteurs ont ensuite gagné, à 0 h 40, le ponton qui les attendait, au terme de cinq heures de remorquage et près de sept heures de mer depuis leur départ du Tréport, qu’ils ont rejoint par la route pour, enfin, se reposer. La SNS 209 a retrouvé son mouillage le lendemain matin, avec un autre équipage.
Article rédigé par Dominique Malécot
Équipage engagé
Vedette de deuxième classe – SNS 209 Président JC Fortini
Patron : Cyril Poidevin
Équipier : Axel Poidevin
Équipier radio et navigation : Baptiste Outurquin
Nageurs de bord : Nicolas Maupin, Damien Kczkiewicz
