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Les Jacobée, plus de quarante ans de sauvetage… et ça continue !

publié le4 Novembre 2013

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le4 Novembre 2013

Sourcils broussailleux surmontant un regard malicieux, Patrick Jacobée est radieux, ce 1er novembre au Casino d’Arzon, malgré le fauteuil roulant où une méchante maladie l’a cloué depuis la retraite. Monsieur Jean Glavany, ami navigateur de longue date, lui remet la médaille d’Officier du Mérite Maritime, en présence du Maire de la commune, Gérard Labove et de M. Guillon-Verne, délégué départemental de la SNSM. Lui qui souhaitait une remise discrète est entouré de tous les canotiers bien entendu et de très nombreux amis. C’est près d’une centaine de personnes qui le félicite chaleureusement, reconnaissant son investissement de toute une vie dans le sauvetage, déjà récompensé en 2009 par la Médaille de Vermeil de la SNSM.

 

Premiers sauve­tages sans aucun moyen.

C’est en 1969, alors que Patrick et son frère Max ont ouvert un chan­tier mari­time dans la petite baie, qui devien­dra plus tard le port du Crouesty, qu’ils sont solli­ci­tés par Féli­cien Glajean dont la vedette actuelle porte le nom, pour deve­nir « Sauve­teurs en Mer » dans l’As­so­cia­tion qui est encore les « H.S.B », les « Hospi­ta­liers Sauve­teurs Bretons ». Ils adhèrent immé­dia­te­ment à la demande, dans des condi­tions pour­tant diffi­ciles qui sont main­te­nant inima­gi­nables. Ils n’ont aucun moyen, les secours sont acti­vés par une antenne des Douanes basée sur la commune mais doivent à chaque inter­ven­tion trou­ver une embar­ca­tion. Certes, les Douanes disposent d’un bateau mais il est régu­liè­re­ment en panne et la procé­dure la plus fiable est l’ap­pel à un marin pêcheur dispo­nible qui embarque les Sauve­teurs. Fort heureu­se­ment, les alertes sont rela­ti­ve­ment rares, la plai­sance est encore peu déve­lop­pée et les profes­sion­nels se portent assis­tance mutuel­le­ment dès qu’un des leurs « hisse un ciré dans la nature » comme le rappelle Patrick. Ils ne pensent pas encore qu’ils commencent à écrire l’his­toire de la station S.N.S.M d’Ar­zon !

Enfin une vedette !

La station balnéaire prend son essor, les « H.S.B » se fondent dans la Société Natio­nale de Sauve­tage en Mer et une petite vedette est affec­tée le temps de la période esti­vale. A l’is­sue d’un immense chan­tier, le port du Crouesty est mis en eau en 1974. La plai­sance explose et la station est dotée d’une véri­table vedette de sauve­tage en 1977. Patrick y prend les fonc­tions de Méca­ni­cien Radio et ses compé­tences seront souvent appré­ciées, lui qui « est capable de répa­rer beau­coup de choses avec un bout de ficelle ou de fil de fer ». Max, quant à lui, est cano­tier avant de deve­nir Patron de la SNS 114 « Vice-amiral d’Har­court », fonc­tion qu’il exer­cera pendant 15 ans, conjoin­te­ment avec celle de Président de la Station à comp­ter de 1983. Mais, dit-il, « le Président doit avoir du recul » et pour éviter le cumul, il rede­vient cano­tier tandis que Patrick prend les fonc­tions de Patron en 1992. Depuis cette date jusqu’à la retraite, ce dernier accom­plira presque toutes les inter­ven­tions, soit envi­ron 1800 durant sa carrière de sauve­teur, toujours prêt à rejoindre le quai dès l’ap­pel de la sirène ou du « bip », quit­tant son chan­tier ou ses nombreux passe-temps : la chasse au sanglier, la réfec­tion de voitures de collec­tion ou la pein­ture artis­tique… sans négli­ger son enga­ge­ment de pompier volon­taire, acti­vité qu’il quit­tera à la limite d’âge au grade d’adju­dant-chef, adjoint au respon­sable du corps.

Pour le sauve­tage en mer, le relais était tout trouvé. Dès leurs 18 ans, les deux fils de Max ont embarqué comme cano­tiers. L’un d’entre eux, Yann, est main­te­nant parti dans l’océan indien mais l’autre, « Manu » est resté au pays et s’est investi dans le secours béné­vole, tant au corps des Pompiers où il vient d’être honoré, en tant que Sergent-chef, pour ses 20 ans de service, qu’au secours en mer. Plon­geur puis radio, il devient patron suppléant en 2008. Déten­teur du brevet « capi­taine 200 », il prend la barre comme Patron titu­laire au départ de son oncle Patrick. Pour lui, parti­ci­per au sauve­tage est une chose natu­relle  puisque, comme il dit : « j’ai toujours connu ça à la maison ».

Tous trois rendent un hommage appuyé à l’équi­page, « toujours soudé », souligne Patrick qui précise « une fois à bord, on oublie les carac­tères diffé­rents, on est tous unis pour une même mission ». Max ajoute : « Parfois, ça peut être tendu en inter­ven­tion mais, ensuite, tout se calme au débrie­fing ». Et les situa­tions tendues, ils connaissent ! Pas seule­ment en sauve­tage d’ailleurs mais, par pudeur et modes­tie, ce n’est pas facile d’ob­te­nir des confi­dences. Comme dit Max, « on n’aime pas parler de nous », même si on tente l’ap­proche d’une navi­ga­tion hors norme en lui parlant de la Fast Net 79. Fort heureu­se­ment on arrive à obte­nir quelques éléments par la bande (de copains) pour comprendre la capa­cité du navi­ga­teur, 18 heures à la barre d’un bateau de 12 mètres chargé d’un rôle de jury dans  « la course de l’au­rore », par des creux de 15 mètres et un anémo­mètre bloqué à 80 nœuds. Il recon­naît quand même : « une nuit terrible ». La course anglaise déplo­rera 18 morts, celle des français subira de la casse sur plusieurs bateaux mais, pas de victime.

En route pour l’Ely­sée

Sur les sauve­tages, les deux frères sont aussi peu diserts. Max évoque toute­fois certaines missions parti­cu­lières comme cette réqui­si­tion de Justice dans un hiver des années de 1980 où, par un temps de chien, la vedette trans­porta magis­trats, méde­cin-légiste, poli­ciers et deux déte­nus dans une île du Golfe du Morbi­han où le corps d’un jeune ermite assas­siné fut décou­vert.

Pour Max et Patrick, le plus extra­or­di­naire fut peut-être une invi­ta­tion à la Garden-party de l’Ely­sée voici quelques années. Dans un premier temps, ils avaient pensé à un canu­lar mais, non, la Préfec­ture avait confirmé l’au­then­ti­cité du carton. « J’ai même dû m’ache­ter un costume neuf » précise Patrick, d’un ton amusé. Aucun d’entre eux ne connaît l’ori­gine de cet honneur, vrai­sem­bla­ble­ment un navi­ga­teur assisté recon­nais­sant et anonyme.

Quant à Manu, il partage avec son père le souve­nir d’une inter­ven­tion origi­nale. Max avait la charge de ses deux fils encore enfants pendant que la maman était au travail… survient une demande d’as­sis­tance à quelques miles du Crouesty. Aucun problème, voilà les deux gosses bien à l’abri dans la vedette et la mission est effec­tuée. Alors que l’équi­page secouru va être mis en sécu­rité dans un port voisin, nouvelle demande d’in­ter­ven­tion à une distance beau­coup plus impor­tante, au large du Croi­sic. Que faire des enfants ??? Ils seront lais­sés à la charge des plai­san­ciers en atten­dant que des amis viennent les récu­pé­rer.

Max se permet toute­fois d’évoquer avec fierté l’an­cienne vedette, la 114, qui, lors de son chan­ge­ment après 27 ans de navi­ga­tion avait toujours les hélices d’ori­gine, preuve que  jamais un Jaco­bée ne talonna ! Quant à la moti­va­tion de toute la famille dans le sauve­tage, c’est « simple­ment pas esprit civique » dit-il, « un besoin d’ap­por­ter une contri­bu­tion à la société ». Voilà sûre­ment pourquoi il est conseiller muni­ci­pal !

(Extrait du maga­zine Sauve­tage N°123)

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