« L'objectif, c'est zéro intervention » : sur la plage avec les sauveteurs de Royan
publié le8 Décembre 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le8 Décembre 2025

Certains lieux de baignade plus risqués, nécessitent une vigilance particulière de la part des sauveteurs © Margaux Malé
Les nageurs sauveteurs de la SNSM doivent suivre une formation spécifique avant d’être affectés à la surveillance de plages présentant des dangers particuliers. Cet été, nous les avons accompagnés pendant une journée sur l’une d’entre elles, en Charente-Maritime.
Une mer agitée frappe les plages de la côte sauvage de la presqu’île d’Arvert, en cette fin août. Le vent souffle sur les pins de la forêt domaniale de la Coubre, en Charente-Maritime, après le passage de l’ouragan Erin. Le violent phénomène météorologique a provoqué une houle cyclonique, qui génère des vagues de près de 2,5 mètres de haut, dangereuses pour les baigneurs.
Dès 10 h 30, malgré le ciel maussade, les nageurs sauveteurs de la SNSM se tiennent prêts sur la longue plage de sable fin de plus de 10 kilomètres de long. Durant la saison estivale, trois postes de surveillance y sont disséminés : la Coubre, la Bouverie et la Pointe espagnole. Une trentaine de sauveteurs se répartissent chaque jour afin d’assurer la sécurité des vacanciers.
Ce matin-là, Édouard Hattenville, 23 ans, se met à l’eau en dépit des conditions difficiles. « Quand les vagues sont importantes comme ça, on envoie en général un sauveteur pour vraiment tester les courants et voir si, malgré son entraînement, il est emporté », explique Tommy Suteau, chef du poste de la Coubre. Le test est répété plusieurs fois dans la journée, selon l’évolution des conditions météo. Si les courants changent, les sauveteurs déplacent alors les drapeaux qui marquent le secteur sécurisé de baignade.
Baïnes, shorebreaks et épis rocheux
Des techniques précises et spécifiques, que les membres de l’équipe ont apprises lors d’une formation dédiée aux plages jugées à risque par la SNSM. Pendant ce stage d’une semaine, qu’ils effectuent de manière bénévole, les sauveteurs s’entraînent deux fois par jour en mer pour tester leur condition physique et mettre en œuvre les techniques de sauvetage dans ces conditions difficiles. Le reste du temps est alloué à l’apprentissage de savoirs théoriques sur ces zones, où l’eau peut être plus traître qu’ailleurs.
Je m’entraîne un maximum, parce que je sais ce qui m’attend pendant la saison.
« Le but est de familiariser les sauveteurs aux conditions de mer qui les attendent sur ces plages », explique Thibault Seuwin, chef de secteur qui chapeaute les trois postes de secours de la côte sauvage, également formateur bénévole en dehors de la saison. « Je faisais déjà du sauvetage sportif, donc c’était intuitif pour moi, poursuit Mewen Hamon, sauveteur sur la plage de la Bouverie. Mais, pour me maintenir en condition, je suis actif toute l’année. Je m’entraîne un maximum, parce que je sais ce qui m’attend pendant la saison. »
Les plages à risque sont souvent caractérisées par la présence des baïnes(1), de shorebreaks(2), d’épis rocheux ou d’autres particularités qui affectent les courants marins. Les sauveteurs apprennent à reconnaître ces phénomènes et à les appréhender pour adapter le périmètre de la baignade et les techniques de surveillance utilisées. « On apprend aussi tout ce qui est lié aux loisirs nautiques, comme le bodyboard ou le surf, qui attirent un public toujours plus nombreux sur ce genre de plage », indique Thibault Seuwin.
Les Sauveteurs en Mer se doivent d’être particulièrement vigilants dans ces secteurs. Il suffit d’une seule vague pour engloutir une personne. Peu importe le gabarit et l’âge, chacun peut se faire piéger par les courants qui hantent les parages. D’après Santé publique France, 113 personnes sont décédées après une noyade (3) entre le 1er juin et le 13 août 2025.
Pour autant, les plages ne désemplissent pas. Dans la région Nouvelle-Aquitaine, elles ont accueilli environ 16,5 millions de personnes en 2022, dont 30 % sur les côtes de Charente-Maritime. Depuis deux ans, plus de cent cinquante nageurs sauveteurs de la SNSM s’occupent quotidiennement de surveiller le littoral de la communauté d’agglomération Royan Atlantique, où se situe la côte sauvage. Cet endroit est très fréquenté. Mais tout le monde n’a pas toujours conscience que les courants et les vagues peuvent y être plus violents qu’ailleurs, selon les jours.
« On peut avoir une mer plate ou, comme aujourd’hui, des rouleaux, des épis et des crêtes, décrit Gabin Marieu, nageur sauveteur du poste de la Coubre. En fonction de ces éléments, on déplace la baignade pour trouver le lieu le plus sécurisé. »
Avec le soleil arrivent les baigneurs
En début d’après-midi, la marée monte et les vagues puissantes se cassent sur les bancs de sable. La grisaille de la matinée laisse place aux rayons du soleil. Les vacanciers quittent les campings pour traverser les hautes dunes et rejoindre la plage. Le drapeau jaune flotte au vent pour leur indiquer qu’ils doivent se montrer prudents.
Sur la côte sauvage de l’agglomération royannaise, les dangers sont aussi présents en dehors des trois zones de baignade surveillée. « Pour prévenir les accidents, on a mis une patrouille en place grâce au buggy pour surveiller l’espace entre les deux zones surveillées, raconte Thibault Seuwin. À chaque passage, les sauveteurs rappellent les bons réflexes à une vingtaine de personnes. « Comparé à d’autres endroits, on fait beaucoup de prévention pour guider aux mieux les baigneurs, poursuit le chef de secteur. L’objectif, c’est zéro intervention. »
En début de saison, les nageurs sauveteurs ont, justement, dû faire face à une intervention en dehors de leur périmètre de surveillance. Un nageur a été violemment plaqué sur le fond par une vague puissante. « Il y avait un vrai risque de traumatisme rachidien, précise Thibaut Seuwin. Mais, grâce à une bonne cohésion entre deux postes de secours, la personne a été rapidement prise en charge après qu’un témoin nous a sollicités. » Les nageurs sauveteurs ont immobilisé la victime, en attendant qu’elle soit transportée vers l’hôpital le plus proche.
Deux sauveteurs à l’eau
Cet accident démontre l’importance de se tenir dans les zones surveillées pour que les sauveteurs puissent agir au plus vite. « Je ne savais pas du tout que c’était une plage dangereuse, mais, honnêtement, je l’ai tout de suite vu et senti, explique Joël, venu avec sa femme, Dana, et son fils, Maël. On fait assez attention, surtout quand on voit l’état des vagues. Je ne laisse pas Maël sans surveillance. Je suis soit juste derrière, soit je lui tiens la main. »
Car un seul courant peut être dévastateur. En fin d’après-midi, vers 17 heures, les vagues et les baigneurs affluent sur la plage de la Bouverie. Bientôt, les interventions s’enchaînent pour les Sauveteurs en Mer. Une famille britannique se présente au poste. « On a été surpris par les vagues, c’était vraiment très impressionnant ! Je tenais la main de ma fille et, à cause des courants, je l’ai lâchée, explique anxieusement la mère. Elle est restée un moment totalement immergée, jusqu’à ce que mon mari vienne la soulever entièrement pour pouvoir la sortir des vagues. » Théo, nageur sauveteur, s’occupe de faire un rapide bilan de santé. L’enfant n’a pas toussé et ne semble pas avoir inhalé de l’eau. Après un examen, tout est normal et la famille repart soulagée.
« Au plus proche de l’action »
D’une vague à l’autre, le niveau de l’eau peut monter d’un coup de près de 1 mètre. Pour s’adapter à ce contexte – rare –, « On s’est réorganisés pour être au plus proche de l’action », explique Kévin Patinote, chef de poste de la Bouverie. En cas de vagues importantes, deux sauveteurs sont en permanence dans l’eau, à la limite de la zone sécurisée, pour conseiller aux nageurs de ne pas s’aventurer plus loin. Un autre surveille depuis une chaise haute, afin d’avoir une meilleure vision de la situation globale.
Soudain, l’océan surprend un groupe d’une quinzaine de personnes, qui sont emportées par les flots. L’un d’entre eux ne parvient pas à revenir au bord et est entraîné par le courant. Les sauveteurs se précipitent à son aide. « C’est le ressac [ndlr : retour brutal des vagues sur elles-mêmes, lorsqu’elles ont frappé un obstacle] qui est vraiment dangereux. C’est ce qui est arrivé à ce monsieur, qui s’est fait totalement assommer par les vagues, explique Mewen après le sauvetage. On s’y est mis à quatre pour le sortir du courant et l’emmener au poste de secours. » L’homme s’en tire, heureusement, sans blessures.
La VHF grésille à nouveau. Un sauveteur indique que la prothèse de hanche d’une personne a lâché et que celle-ci se retrouve incapable de marcher. Sans attendre, le buggy se dirige sur la plage pour aider cette femme, qui est ensuite prise en charge par les pompiers. Malgré ces interventions, les sauveteurs maintiennent leur vigilance sur les autres baigneurs.
« En matière de sécurité, on fait surtout attention à ce que les baigneurs restent bien dans la zone surveillée, développe Mewen. Si jamais ils en sortent à cause des forts courants, on va être encore plus attentifs pour voir si c’est maîtrisé ou s’il faut qu’on intervienne. » Comme des poissons dans leur élément, les sauveteurs n’hésitent pas à se mettre à l’eau pour cadrer les nageurs. « Sur ces plages, ça devient un vrai travail stratégique, en plus de l’effort sportif, affirme Thibault Seuwin. Il faut constamment s’adapter. »
Nos sauveteurs sont formés et entraînés pour effectuer ce type de sauvetage. Grâce à votre soutien, vous les aidez à être présents la prochaine fois !
1-Baïne : cuvette formée entre la plage et un banc de sable. Lorsque le banc de sable est recouvert par les vagues, un courant se crée à la sortie de la baïne et emporte les baigneurs.
2–Shorebreak, aussi appelée vague de bord. Se dit d’une vague puissante qui se brise près de la plage, où il y a peu de fond. Un baigneur pris par les flots ne peut alors pas amortir sa chute et se retrouve plaqué par les courants sur le sable.
3-Noyade : asphyxie par l’afflux d’eau dans les voies respiratoires, qui ne conduit pas forcément au décès de la victime.
Article rédigé par Clarisse Oudit-Dalençon