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Magdalena, directrice du centre de formation et d’intervention Côte basque - Landes

publié le12 Octobre 2021

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le12 Octobre 2021

Magdalena Sallaberry fait partie des trois femmes directrices de centre de formation et d’intervention à la SNSM. © Alexis Haton

Généreuse de son temps donné à cent pour cent, Magdalena Sallaberry est, depuis 2020, la directrice du centre de formation et d’intervention (CFI) Côte basque - Landes. La particularité de ce CFI est qu’il forme de nombreux nageurs sauveteurs qui exercent bien souvent leurs qualifications dans des postes landais ou basques tenus par d’autres organisations de secours aux baigneurs.

« C’est mon grand-père qui m’a appris à nager à Socoa, dans la baie de Saint-Jean-de-Luz, se rappelle Magda­lena Salla­berry. Je n’étais pas bien grande. » Depuis, elle n’a cessé de nager. Pour son plai­sir d’abord. Pour la sécu­rité des autres ensuite. En 2006, elle s’ins­crit un peu par hasard au centre de forma­tion et d’in­ter­ven­tion (CFI) Côte basque – Landes, l’un des trente-trois CFI déployés par la SNSM sur l’en­semble du terri­toire, jusqu’à Nancy ou Mont­bé­liard. Venue pour y prépa­rer le permis côtier, Magda­lena attrape le « virus SNSM ». La voilà bien­tôt nageuse sauve­teuse, l’une des pion­nières dans ce milieu alors très mascu­lin, puis forma­trice aux « sorties en mer ». La forma­tion s’in­ti­tule désor­mais « surveillance et sauve­tage aqua­tique sur le litto­ral » (voir plus loin), et consti­tue un temps fort de la forma­tion des nageurs sauve­teurs (NS).

En 2015, elle devient direc­trice adjointe et, cinq ans plus tard, elle est nommée direc­trice. «  Ici, pour­suit Magda­lena, 33 ans, depuis notre base sur la rive gauche de l’es­tuaire de l’Adour, qui abrite le port de commerce de Bayonne, nous formons quelque dix-huit nageurs sauve­teurs. Dont la part fémi­nine ne cesse de gran­dir : 39 % cette année !  » Mais Magda­lena tient à raison garder : « Nous sommes un petit CFI en matière d’im­pact local. Si les gens d’ici connaissent bien la SNSM pour ses stations de sauve­teurs embarqués, la noto­riété de notre CFI reste limi­tée. » Pour­tant, il compte près de soixante béné­voles, dont une ving­taine de forma­teurs et 20 % de femmes, qui donnent géné­reu­se­ment de leur temps à l’or­ga­ni­sa­tion des stages de mer desti­nés prin­ci­pa­le­ment aux stagiaires de CFI métro­po­li­tains, pour juger l’ap­ti­tude des nageurs.

Pour se former à la réalité, ils ont besoin des plages du sud ouest et de se confron­ter aux pièges qu’elles tendent aux baigneurs : lames de bord, trains de vagues, rouleaux puis­sants, courants de baïnes… Ces stages s’éche­lonnent d’oc­tobre à décembre, puis de mars à mai. « Rien dans le creux de l’hi­ver, s’amuse Magda­lena. Ça caille trop ! »

Trou­ver vite de nouveaux locaux

Petit – toutes propor­tions gardées –, le CFI, situé à Anglet et à la limite avec Bayonne, reste pugnace et lutte contre bien des contraintes. « Il nous faut trou­ver vite de nouveaux locaux, signale sa direc­trice. Propriété du port de commerce de Bayonne, les nôtres, qui abritent aussi les sauve­teurs embarqués, sont désor­mais clas­sés insa­lubres. La mairie nous a proposé des salles de réunion, mais nous devons encore trou­ver où ranger notre maté­riel. Avec le délé­gué dépar­te­men­tal, nous cher­chons une autre solu­tion. » Autre diffi­culté : les tradi­tions locales de la surveillance des plages.

Elles ne laissent guère de place aux postes SNSM. Depuis les premiers bains de mer, attes­tés dès 1784, les plages, d’Hen­daye à Biscar­rosse, disposent de maîtres-nageurs atti­trés. Au Pays basque, chaque muni­ci­pa­lité a son asso­cia­tion de nageurs sauve­teurs.

Elles ont souvent des noms suran­nés, qui fleurent bon le XIXe siècle. Ainsi, à Anglet, ce sont les Guides de bain angloys. Dans le dépar­te­ment des Landes, les muni­ci­pa­li­tés côtières ont choisi de fédé­rer tous leurs postes de surveillance des plages. « Dans l’un comme dans l’autre de ces dépar­te­ments, explique Magda­lena, les nageurs sauve­teurs suivent souvent les forma­tions de la SNSM, qui en supporte donc large­ment le coût 1, mais œuvrent sous d’autres couleurs. C’est un peu frus­trant de ne pouvoir les déployer dans nos postes, sous nos couleurs. Mais c’est ainsi. » Paysa­giste de forma­tion, elle a pour projet de chan­ger vie : elle prépare actuel­le­ment le concours de la police muni­ci­pale. Une femme d’ordre.

Article rédigé par Patrick Moreau, diffusé dans le maga­zine Sauve­tage n°157 (3e trimestre 2021)

1 – La forma­tion d’un NS revient à 6 000 €, dont 5 000 suppor­tés par la SNSM et 1 000 par le futur NS, qui voit dans cette forma­tion un atout pour se struc­tu­rer, un job d’été et une ligne précieuse sur un CV.

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Ses chiffres clés

  • 14/02/1988 : nais­sance de Magda­lena Salla­berry à Saint-Jean-de-Luz.
  • Douze ans : nombre d’an­nées durant lesquelles elle a effec­tué la surveillance des plages.
  • 2005 : elle passe le permis bateau, ainsi que le BNSSA, puis intègre la SNSM l’an­née suivante.

La place des femmes à la SNSM

D’oc­tobre 2020 à janvier 2021, la SNSM a parti­cipé à une enquête menée par l’In­ter­na­tio­nal Mari­time Rescue Fede­ra­tion, sur la place des femmes dans les orga­ni­sa­tions de sauve­tage. Près de mille cinq cents réponses ont été récol­tées, dont cent cinquante des Sauve­teurs en Mer (cent vingts sauve­teuses et trente en poste à terre).

Exami­nons les chiffres SNSM :

  • Pour 22 % des répon­dantes, leur plus gros chal­lenge est de se faire accep­ter et respec­ter en tant que femme auprès des sauve­teurs et des usagers, dans un milieu mascu­lin, et de se sentir à la fois capable et légi­time face à des situa­tions parfois complexes.
  • Trois points posi­tifs ressortent de l’ex­pé­rience SNSM : 29% des sondées prônent l’es­prit d’équipe et les rela­tions humaines ; 15% l’ap­pren­tis­sage de nouvelles choses, le dépas­se­ment de soi et la respon­sa­bi­li­sa­tion ; et 13% l’aide aux personnes en diffi­culté.
  • En matière de discri­mi­na­tion, 44% n’en ont pas ressenti, 37% ne se sont pas pronon­cées et 19% en ont déjà été victimes (néces­sité de prou­ver sa crédi­bi­lité et ses compé­tences dans un univers mascu­lin).
  • Moins de 8% des inter­ro­gées ont ressenti une résis­tance de la part de leurs proches à leur annonce de deve­nir sauve­teuse et les ont majo­ri­tai­re­ment igno­rées.
  • Les sauve­teuses SNSM, à 27%, encou­ragent les femmes à se lancer dans l’aven­ture : « Foncez ! Il ne faut pas se soucier de l’avis des autres mais croire en ses capa­ci­tés. L’im­por­tant est la moti­va­tion. Ce n’est pas réservé aux hommes. »

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