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Mayotte : après la dévastation, les sauveteurs sur tous les fronts

publié le4 February 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le4 February 2025

Le local principal de la station de Dzaoudzi tient encore debout, même s'il a été lourdement endommagé par le passage du cyclone Chido. © Romain Prenveille

L’archipel de Mayotte a été ravagé par le passage du cyclone Chido, le 14 décembre. Disposant de l’un des rares bateaux fonctionnels, les Sauveteurs en Mer de la station de Dzaoudzi participent activement à la lente reconstruction des îles de l’océan Indien.

Mayotte a été dévasté par le passage du cyclone tropi­cal intense Chido, le 14 décembre 2024. Des rafales de plus de 200 km/h ont balayé l’ar­chi­pel français – situé dans l’océan Indien, entre le Mozam­bique et Mada­gas­car – pendant près d’une heure, avec des pointes à plus de 300 km/h. De nombreux bâti­ments se sont écrou­lés ou ont perdu leur toit, la majo­rité des arbres ont été abat­tus. Vues du ciel, les îles ne sont plus vertes mais marron. Une quaran­taine de morts et plus de 5 000 bles­sés étaient recen­sés à fin janvier.

Le bilan est aussi drama­tique en mer. Un homme resté sur son voilier pendant le passage du cyclone est décédé. Le quai du port de plai­sance de Dzaoudzi s’est en partie effon­dré, le ponton où était amarré le navire des sauve­teurs a disparu. La plupart des embar­ca­tions qui se trou­vaient sur l’eau ont été souf­flées sur la côte. Nombre d’entre elles ont coulé, des barges permet­tant le passage entre les îles prin­ci­pales de Grande-Terre et de Petite-Terre se sont aussi échouées. Un désastre dont Mayotte mettra de longues années à se rele­ver.

Les béné­voles de la station SNSM de Dzaoudzi – la seule de l’ar­chi­pel – ont anti­cipé les ravages et mis leur semi-rigide SNS 976 Tamani à l’abri, au sec. « Quand on a su que le cyclone allait nous toucher, on a compris que ça allait boule­ver­ser la vie à Mayotte », se souvient Romain Pren­veille, le président de la station. Puis ils se sont calfeu­trés en atten­dant que le cyclone s’éloigne. « Il pleu­vait telle­ment fort que l’eau s’in­fil­trait par tous les inter­stices des fenêtres, témoigne Jérôme Sardi, patron de la station. À chaque rafale, mes oreilles claquaient à cause de la pres­sion, comme dans un avion. »

Se rele­ver du chaos

La tempête passée, le chaos règne sur l’île. Il n’y a ni élec­tri­cité ni réseau télé­pho­nique. Les antennes radio ont été balayées. Certains béné­voles « ont tout perdu », leurs loge­ments ont été détruits. « On avait l’im­pres­sion d’avoir été bombar­dés, décrit Jérôme Sardi. J’ai commencé par aider mes voisins, les gens qui en avaient besoin dans mon péri­mètre immé­diat. » « Des arbres barraient les routes, pour­suit Olivier Berland, autre béné­vole de la station. Il a fallu les débi­ter à la tronçon­neuse pendant des heures et des heures. »

Quatre jours après le passage de Chido, les Sauve­teurs en Mer parviennent à réunir un équi­page. Ils remettent le SNS 976 Tamani à l’eau avec diffi­culté, faute d’une grue dispo­nible. Première mission : déter­mi­ner l’am­pleur des dégâts. Dispo­sant de l’un des rares navires encore fonc­tion­nels, ils sont les premiers à réali­ser un tour complet de Grande-Terre. Pendant quatre heures, c’est une longue succes­sion « de débris et de bateaux, parfois enche­vê­trés les uns sur les autres, décrit Jérôme Sardi. De nombreuses coques donnent l’im­pres­sion d’avoir explosé. »

Les sauve­teurs sont ensuite solli­ci­tés pour recher­cher des personnes dispa­rues et recen­ser les épaves qui jonchent le lagon en soutien de la gendar­me­rie mari­time. Ils font rapi­de­ment face à un problème : la seule station-service mari­time a été détruite par le cyclone. Ils doivent trou­ver un moyen de remplir le réser­voir de près de 700 litres de leur semi-rigide.

Le port de plaisance de Dzaoudzi après le passage du cyclone

Faire le plein à la main

Grâce au soutien du Service de l’éner­gie opéra­tion­nelle des Armées et du 5ème régi­ment étran­ger de la Légion étran­gère, les béné­voles accèdent à un point de ravi­taille­ment… terrestre. Ils doivent remplir des bidons à la main, les char­ger dans un véhi­cule, puis les déchar­ger à quai avant de remplir le réser­voir de leur bateau avec un enton­noir. « C’était un peu physique », plai­sante Olivier Berland. Un exer­cice qu’ils devront réali­ser régu­liè­re­ment pendant un mois, avant qu’une nouvelle station-service soit mise en place.

Une fois le plein effec­tué, le Tamani fait office de véri­table couteau suisse. Les sauve­teurs se mettent à dispo­si­tion des parti­cu­liers pour les aider au renfloue­ment de leurs embar­ca­tions. Prêtent main-forte pour débar­ras­ser le lagon des monceaux de déchets qui y flottent. Aident à déchar­ger les milliers de packs d’eau four­nis en urgence par les Comores voisines. Il y a tant à faire qu’ils sont « actifs en perma­nence ».

Heureu­se­ment, de nouveaux béné­voles affluent à la station. « La soli­da­rité a été très forte, souligne Olivier Berland. De nombreux marins profes­sion­nels qui voulaient aider nous ont rejoints. Nous sommes tous des amou­reux du lagon [ndlr : Mayotte est encer­clée par un récif coral­lien de 160 kilo­mètres de long, qui forme l’un des plus grands et des plus profonds lagons au monde]. Chacun veut parti­ci­per à la dépol­lu­tion, car, pour l’ins­tant, c’est un vrai carnage. » L’an­cien patron de la station, rentré en Métro­pole, revient aussi en urgence à Mayotte pour donner un coup de main.

Petit à petit, la station se recons­truit. « Nous faisons partie des préservés, souligne Romain Pren­veille. Aucun béné­vole n’a été blessé pendant le passage du cyclone, notre bateau est encore utili­sable et le local de stockage abri­tant l’in­té­gra­lité du maté­riel de la station tient encore debout. C’était inima­gi­nable ! »

Fin janvier, l’ave­nir était encore flou pour les Sauve­teurs en Mer de Mayotte. S’ils conti­nuent à prendre part à la recons­truc­tion de l’île, leurs missions habi­tuelles sont rares. « L’ac­ti­vité de plai­sance a été quasi­ment anni­hi­lée, indique le président de la station. Il reste extrê­me­ment peu de bateaux capables de navi­guer. En revanche, les pêcheurs locaux commencent à ressor­tir. » Mais, avec 300 épaves réper­to­riées après le passage de Chido, les béné­voles devraient avoir encore fort à faire pour que le lagon retrouve son éclat.

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Article rédigé par Nico­las Sivan

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