Normandie : malaises en série après un grave accident
publié le27 Novembre 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le27 Novembre 2025

Les équipes des Sauveteurs en Mer étaient réparties sur la piste et dans le public pour répondre à toutes les sollicitations © SNSM
Fin septembre, à Ouistreham, un accident spectaculaire lors d’une course automobile a déclenché une vague de malaises. L’ensemble du dispositif de secours mis en place par les bénévoles de la SNSM a été sollicité.
Les Sauveteurs en Mer sont prêts, en ce matin du dimanche 21 septembre 2025, sur la plage de Riva-Bella de Ouistreham (Calvados). Bientôt, des milliers de spectateurs afflueront pour la deuxième journée de la Normandy Beach Race. Cet événement d’envergure a rassemblé environ 30 000 personnes sur trois jours, venus assister à des démonstrations de voitures et de motos anciennes sur le sable.
Un rassemblement de cette ampleur nécessite la mise en place d’un dispositif prévisionnel de secours (DPS). Une vingtaine de bénévoles de la SNSM ont la charge de son organisation. Vers 9 heures, toutes les équipes sont opérationnelles. Sans se douter que, quelques heures plus tard, elles devront faire face à une intervention de grande ampleur.
Deux postes de secours ont été installés, l’un proche du public, l’autre de la piste. Six groupes de trois secouristes sont formés, épaulés par un 4×4 médicalisé. « Tout était en place. Les équipes étaient prêtes et les canaux ouverts avec le SAMU et les sapeurs-pompiers, raconte Wandrille Godefroid, le chef de dispositif SNSM. « Nous avions envisagé tous les schémas et procédures d’intervention, poursuit Énéa Baloche, responsable des DPS au centre de formation et d’intervention (CFI) SNSM du Calvados et cheffe du poste de commandement (PC) ce jour-là. C’est ce qui nous a permis de tenir quand tout s’est enchaîné. »
Le copilote éjecté du véhicule
Sur la longue étendue de sable où les voitures se succèdent, tout bascule à 10 h 50. Dans une ligne droite, un pilote perd le contrôle de son véhicule, qui fait plusieurs tonneaux. Le copilote est éjecté et roule sur plusieurs mètres, sous le regard effaré du public.
Wandrille assiste à la scène depuis la terrasse du PC. Immédiatement, il alerte par radio les équipes d’intervention. Les sauveteurs arrivent vite auprès de l’homme, qui est inconscient, mais respire. Soudain, son cœur s’arrête. Les secouristes débutent un massage cardiaque.
Alors que ces derniers se concentrent sur la victime, des membres du public, sous le choc, commencent à vaciller. Plusieurs spectateurs s’effondrent, nécessitant une prise en charge par les secouristes. Un autre trio de bénévoles est dépêché pour s’occuper du conducteur du véhicule. « En quelques minutes, cinq de nos six équipes étaient engagées », relate Wandrille.
Dans le poste de commandement, la coordination devient un exercice d’équilibriste. Deux radios, deux téléphones, une main courante à tenir, des décisions à prendre : Énéa gère l’ensemble des communications, tout en gardant une vision globale du dispositif. Elle transmet un premier bilan au SAMU, demande des renforts au centre opérationnel départe mental des sapeurs-pompiers et prévient la préfecture. « Chaque appel, chaque ordre devait être clair, court et suivi d’un retour. Dans ces moments-là, on ne peut pas improviser », souligne la sauveteuse de 22 ans.
Nouvelle vague de malaises
La tension monte encore d’un cran quelques minutes plus tard. La victime de l’accident est identifiée : il s’agit de l’un des organisateurs de la course. Les membres de sa famille présents s’effondrent à leur tour. Les secouristes restants les prennent en charge, tandis que la tentative de réanimation se poursuit.
« C’était un moment d’une rare intensité, confie Michal Rutkowski, l’un des chefs d’équipe. Il fallait rester concentré malgré les cris, le public, le sang, la violence de la scène. » Dans l’effervescence, des bénévoles dédiés à la logistique sont dépêchés pour occulter la zone et préserver le public. Dans le même temps, les équipes se relaient pour intervenir auprès des personnes prises de malaise.
« Rigueur et solidarité »
Sur la piste, les pompiers et une équipe médicalisée envoyée par le SAMU arrivent en renfort. Le site est évacué. Un point de rassemblement des victimes et un centre d’accueil des impliqués sont mis en place, offrant une gestion psychologique aux témoins et aux proches proches par la cellule d’urgence médico-psychologique du SAMU.
Après plus d’une heure d’efforts acharnés, le blessé grave est réanimé et évacué vers le centre hospitalier de Caen. Son décès y sera malheureusement déclaré quelques heures plus tard. Sur la plage, les personnes ayant subi un malaise se rétablissent peu à peu grâce au soutien des secouristes. Elles regagnent leur domicile dans la journée, marquées, mais indemnes.
Pour les Sauveteurs en Mer, la journée n’est pas terminée. Un débriefing est nécessaire, ainsi que des entretiens avec la cellule psychologique. « Après un événement pareil, il faut aussi prendre soin de nos sauveteurs, insiste Wandrille. Certains ont vécu leur première réanimation, d’autres ont dû gérer la famille de la victime. Le soutien collectif est essentiel. »
Malgré la gravité de l’accident, chaque maillon a tenu son rôle. « Ce jour-là, on a prouvé que la clé d’un dispositif réussi, ce n’est pas la force des moyens, mais la fluidité de la coordination, poursuit le chef du dispositif de premiers secours. Quand tout s’emballe, c’est la rigueur et la solidarité qui tiennent le système debout. »
Nos sauveteurs sont formés et entraînés pour effectuer ce type de sauvetage. Grâce à votre soutien, vous les aidez à être présents la prochaine fois !
Article rédigé par Anatole Lamarre