Père Perrot, sauveteur corps et âme
publié le10 Mars 2023
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le10 Mars 2023

Le père Emmanuel Perrot sur la "SNS 267 Madone-des-Feux-GEMA" © SNSM
Les bénévoles de la SNSM, embarqués ou à terre, viennent d’horizons professionnels très variés. Mais Emmanuel Perrot est un cas unique parmi les quelque 8 800 membres de l’association. Canotier de la station de Port-en-Bessin depuis 2016, il est aussi le prêtre de la paroisse locale.
Ce dimanche matin de novembre, le jour se lève difficilement dans le bassin de Port-en-Bessin, à l’extérieur des môles d’entrée. Sur la côte normande, le temps est aux rafales fraîches et la mer est grise. La station SNSM a reçu un appel du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Jobourg, demandant assistance pour un chalutier dont l’hélice est engagée dans un filet. Dix minutes plus tard, les canotiers embarquent à bord de la vedette de deuxième classe SNS 267 Madone-des-Feux-GEMA. Tandis que l’équipage termine de capeler les équipements, le canot sort du chenal. Les cloches sonnent au sommet de l’église Saint-André. « Tu n’as pas contacté Emmanuel ? », demande un équipier au patron. « Ben non, c’est dimanche, il dit la messe ! »
Emmanuel ? C’est Emmanuel Perrot, canotier depuis 2016 sur la vedette de la SNSM, après avoir suivi une formation d’équipier de pont et obtenu une certification radio. Il est aussi le père Perrot, le curé de la paroisse de Port-en-Bessin, unique prêtre en France à alterner la tenue ecclésiastique et celle des Sauveteurs en Mer.
Pourquoi celui qui sauve déjà les âmes a-t-il décidé de sauver les corps ? « Quand un sauveteur m’a demandé de rejoindre l’équipe, je me suis dit que c’était une bonne manière de m’intégrer à la communauté de pêcheurs, se remémore l’abbé. Même si je n’ai pas particulièrement le pied marin, ma « carrière maritime » a débuté durant mon service militaire à Brest, à bord de la frégate Duguay-Trouin. »
Bien sûr, il a régulièrement des obligations qui l’empêchent d’être disponible.
Compte tenu des impératifs de mon ministère – offices, mariages, obsèques… –, je ne peux être le plus assidu à embarquer. En revanche, je participe beaucoup aux exercices du samedi !
Des équipiers l’appellent « Monsieur le curé »
Dès qu’il le peut, l’ecclésiastique de 52 ans essaye de prendre part à la vie locale. « Il m’arrive aussi d’aider au débarquement du poisson, de nuit, à la criée, indique le prêtre. C’est en triant les poissons dans le froid que l’on prend conscience de la difficulté du métier. » Ses yeux brillent derrière ses lunettes : « Avant de m’engager dans la formation de canotier, je n’ai même pas demandé l’autorisation à mon patron ! » « Votre patron… là-haut ? », interroge un paroissien, l’index levé vers le ciel. « Je parlais de Monseigneur l’évêque, bien sûr », s’amuse Emmanuel Perrot.
Depuis son arrivée, Marc Salent, le patron titulaire de la station, apprécie ce matelot efficace et enthousiaste. « Autrefois, les Sauveteurs en Mer étaient tous des marins pêcheurs retraités. Aujourd’hui, seulement un tiers de la vingtaine de bénévoles est issu de la pêche. Et dans notre région de Normandie où la tradition chrétienne est bien ancrée, un prêtre ne pose pas de problèmes relationnels. À tel point qu’à bord, certains de nos équipiers l’appellent toujours « Monsieur le curé ». »
De plus, l’homme d’église a un rôle tout trouvé au sein de la station. « Depuis plusieurs années, nous sommes sollicités pour effectuer la dispersion des cendres en mer, poursuit Marc Salent. Avec notre curé matelot, nous pouvons proposer un accompagnement religieux. »
Article rédigé par Philippe Payen, diffusé dans le magazine Sauvetage n°163 (1er trimestre 2023).