Article Sauvetage historique

Quand les sauvetages en mer tournent au drame

publié le14 Août 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le14 Août 2025

Commémoration suite au naufrage d'un bateau de la SNSM et au décès de 3 sauveteurs aux Sables-d'Olonne le 7 juin 2019. © DR, Eléonore Duplay - France Télévisions

Les sauveteurs bénévoles sont toujours prêts à prendre la mer pour sauver une vie. Malheureusement, ils le payent parfois de la leur. Depuis la création des premières stations, 90 sauveteurs sont décédés lors d’une intervention. En 2025, nous commémorons le triste centenaire de la tragédie de Penmarc’h.

Le ciel est radieux au-dessus de la Bretagne en ce matin du 23 mai 1925. De nombreuses barques sont de sortie à Penmarc’h, au sud de la pointe du Finis­tère. Vers midi, un coup de vent venu du sud s’abat soudai­ne­ment sur la flot­tille de pêche. Il forcit et se trans­forme en une violente tempête. Les pêcheurs s’ac­tivent pour rentrer le plus vite possible au port.

Saint-Pierre (Penmarc’h) – Le canot Léon Dufour échoué à Kérity (1925) © DR

Vers 13 heures, le séma­phore voit la chaloupe Saint-Louis chavi­rer à proxi­mité de la tourelle de la Jument. À son bord, six hommes. Le pavillon noir est hissé au séma­phore, puis deux coups de canon donnent l’alerte aux sauve­teurs locaux. Deux canots à avirons de 10 mètres sont armés, les Comte et Comtesse Foucher, de Kérity, et Léon Dufour, de Saint-Pierre - Penmarc’h.

Toute la popu­la­tion locale se met à l’eau jusqu’à la cein­ture pour accé­lé­rer le lance­ment des canots. D’au­tant que, vers 13 h 20, une autre barque, Le berceau de Saint-Pierre, occu­pée par sept hommes, se renverse presque au même endroit que le Saint-Louis.

Pour atteindre les naufra­gés, les membres d’équi­page du canot de Kérity doivent emprun­ter une passe très dange­reuse. Ils s’en­gagent en plein chaos vers 13 h 50.

La barque de pêche Arche d’al­liance, menée par le patron François Larni­col, croise près du lieu de l’évé­ne­ment. Le bateau se porte au secours des naufra­gés et parvient à en recueillir cinq. Ils sont restés entre 25 et 30 minutes dans l’eau froide de prin­temps. L’un d’entre eux est décédé.

Le canot Léon Dufour se trouve 120 mètres en arrière des naufra­gés quand il est lui aussi assailli par une défer­lante. Sous l’ef­fet de la lame, le canot se dresse, l’avant projeté presque verti­ca­le­ment, préci­pi­tant tout l’équi­page à la mer.

Dans une mer hachée, les canotiers aperçoivent des épaves, quand une série de lames d’une violence inouïe les fait chavirer.

Le bateau de pêche Gérard Samuel, alors au mouillage, appa­reille immé­dia­te­ment et se dirige égale­ment vers les lieux du sinistre. Mais il ne peut appro­cher les enro­che­ments vers lesquels sont pous­sés les naufra­gés. Quatre marins montent dans une annexe plus maniable. Ils sauvent le sous-patron du canot de Kérity et trois cano­tiers du Léon Dufour, et récu­pèrent deux corps inani­més.

Cet événe­ment tragique est le plus grand drame jamais subi par les Sauve­teurs en Mer. Quinze béné­voles décèdent en quelques dizaines de minutes, ainsi que douze pêcheurs qu’ils tentaient de secou­rir, au péril de leur propre vie.
 

Les autres drames du sauve­tage en mer

Depuis la créa­tion de la première station de sauve­tage, il y a 200 ans, 90 sauve­teurs embarqués ou volon­taires sont décé­dés en inter­ven­tion. 

Le Havre, 1882

La tempête se lève au Havre, à l’em­bou­chure de la Seine, ce 28 mars 1882. Échoué sur un banc de sable, un bateau de pêche est dans la tour­mente. « Six hommes, grim­pés sur les mâts, font des signaux déses­pé­rés », mentionnent les annales des Hospi­ta­liers sauve­teurs bretons.

Un canot de sauve­tage appa­reille avec onze marins à bord. Après une heure de lutte, le canot approche des naufra­gés. Quand, tout à coup, « une lame formi­dable se dresse et chavire l’em­bar­ca­tion ». Le canot réap­pa­raît trois minutes plus tard, vide. Tous les sauve­teurs ont péri, ainsi que les six pêcheurs qu’ils tentaient de secou­rir.

Étel, 1958

Le docteur Alain Bombard – célèbre spécia­liste de la survie en mer pour avoir traversé l’At­lan­tique dans un bateau pneu­ma­tique – est à Étel (Morbi­han), ce 3 octobre 1958. Il veut mettre à l’épreuve le radeau de survie qu’il a conçu. Le temps est mauvais, l’em­bar­ca­tion est dépo­sée par un remorqueur sur la barre d’Étel, zone agitée au-des sus d’un banc de sable sous-marin. Les huit personnes à bord, dont Alain Bombard, sont éjec­tées de l’em­bar­ca­tion gonflable en quelques minutes. Les Sauve­teurs en Mer tentent de leur venir en aide, mais un bout se prend dans l’hé­lice de leur canot, puis une lame le retourne. Cinq sauve­teurs et quatre occu­pants du radeau sont tués.

L’Aber Wrac’h, 1986

Le 7 août 1986 vers 0 h 45, des fusées de détresse sont aperçues près de l’Aber Wrac’h (Finis­tère). Elles proviennent d’un voilier en diffi­culté. Le canot de sauve­tage local, le Capi­taine de Corvette Cogniet, appa­reille avec cinq sauve­teurs à bord. Deux heures plus tard, les béné­voles sont infor­més que les occu­pants du voilier sont sains et saufs, mais ont laissé leur voilier sur une île. Les béné­voles accusent récep­tion du message et signalent qu’ils vont tenter de remorquer le navire. Ce sera le dernier contact radio. Sans nouvelles, le canot de sauve­tage de la station voisine de Port­sall prend la mer au matin. Son équi­page découvre l’épave du Capi­taine de Corvette Cogniet, échoué sur des roches. Aucun occu­pant n’a survécu.

Les Sables-d’Olonne, 2019

Forte tempête aux Sables-d’Olonne, ce 7 juin 2019. Le Patron Jack Moris­seau, canot de sauve­tage tous temps, se posi­tionne à l’abri de la jetée ouest, prêt à inter­ve­nir avec un équi­page de sept personnes. Les sauve­teurs constatent que la mer est diffi­ci­le­ment prati­cable.

Néan­moins, lorsqu’ils sont infor­més du déclen­che­ment de la balise de détresse du Carrera – petit bateau de pêche parti plus tôt dans la jour­née –, ils acceptent de sortir pour le retrou­ver. Assez rapide ment, une puis­sante vague de grande hauteur fait explo­ser deux des trois vitres situées à l’avant de la passe­relle. L’eau déferle à l’in­té­rieur. Le canot devient très diffi­cile à manœu­vrer et reçoit de nouvelles vagues violentes par le travers. Il chavire, se redresse une première fois, puis ne se redresse plus. Il est poussé vers la côte, sur laquelle il s’échoue, toujours retourné.

Trois des sept sauve­teurs à bord péris­sent dans ce naufrage. Le pêcheur qu’ils voulaient sauver perdra lui aussi la vie.

Article rédigé par Jean-Patrick Marcq

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