Article Sauvetage historique

Soixante ans de formation des nageurs sauveteurs

publié le24 Juin 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le3 February 2026

La formation des nageurs sauveteurs se structure depuis des dizaines d'années. Ici, un entraînement sur la plage, en 1992. © DR

Si les nageurs sauveteurs existent depuis la création des sociétés de sauvetage, la structuration de leur parcours de formation remonte aux années 1960. Philippe et Joëlle Nacass, qui ont rejoint la SNSM à cette époque et y sont toujours actifs, racontent.

La forma­tion des nageurs sauve­teurs remonte aussi loin que la nais­sance de cette spécia­lité. Dès 1825, les premiers surveillants de baignade sont entraî­nés aux méthodes de réani­ma­tion de l’époque. Plus tard, les Hospi­ta­liers sauve­teurs bretons (HSB) déve­lop­pe­ront le proces­sus. En 1949, ils créent des forma­tions spéci­fiques : sauve­teurs en piscine muni­ci­pale, soins aux asphyxiés et aux noyés, surveillants de baignade pour camps et colo­nies de vacan­ces…

Lorsqu’ils fusionnent avec la Société centrale de sauve­tage des naufra­gés (SCSN), en 1967, les HSB possèdent plusieurs centres de forma­tion. « À l’époque, il y avait seule­ment Rennes, Paris, Nantes et Bordeaux, indique Philippe Nacass. Sauve­teur depuis 1966 », il a dirigé le centre de forma­tion et d’in­ter­ven­tion de Paris et été membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de la SNSM. Avec sa femme, Joëlle, sauve­teuse et instruc­trice depuis 1976, ils ont été aux premières loges de l’évo­lu­tion de la forma­tion des nageurs sauve­teurs de l’as­so­cia­tion.

La demande en nageurs sauveteurs a vite augmenté et d’autres centres se sont ajoutés. Philippe Nacass

Mais, cette fois, des centres éloi­gnés des litto­raux sont ouverts. Dans ces centres « de terre », on forme les jeunes qui feront le même trajet que les vacan­ciers durant l’été pour surveiller leurs baignades esti­vales. « Lorsqu’une struc­ture SNSM ouvrait loin de la mer, c’était souvent parce qu’une personne impor­tante dans l’as­so­cia­tion démé­na­geait, explique le béné­vole. Si on prend le cas du centre de forma­tion et d’in­ter­ven­tion de Mont­bé­liard, il a été fondé par le docteur Lacube, qui était méde­cin de la Marine natio­nale avant de deve­nir méde­cin du travail chez Peugeot. C’est à ce moment-là qu’il a consti­tué le centre. » La SNSM compte désor­mais 32 CFI.

La SNSM au cœur de la forma­tion

Dès les années 1960, un plan de forma­tion rigou­reux est mis en place. Si bien qu’entre 1970 et 2025, la forma­tion de nageur sauve­teur n’a pas beau­coup changé d’un point de vue pratique. La plupart des évolu­tions se font sur l’in­ti­tulé des diplômes. « Le programme était vrai­ment le même, résument Philippe et Joëlle. La seule diffé­rence porte sur le recy­clage. Avant, on avait le diplôme à vie ; main­te­nant, on a une jour­née de révi­sion tous les ans. »

Le brevet natio­nal de sécu­rité et de sauve­tage aqua­tique (BNSSA) était, pour sa part, connu sous le nom de « spécia­lité nautique ». «  Il était bien plus dur que le format actuel, estime le couple. Les épreuves duraient deux jours et il fallait un très bon niveau dans l’eau. » Le BNSSA voit offi­ciel­le­ment le jour en 1979. Une réforme vien­dra ensuite modi­fier les épreuves en 2011 pour obte­nir la formule dont on dispose aujour­d’hui.

L’évo­lu­tion du BNSSA, qui est un diplôme d’État, s’est faite en concer­ta­tion avec la SNSM, acteur majeur du secou­risme côtier. « Nos forma­tions exis­taient déjà et elles étaient recon­nues par l’État, relate Philippe Nacass. Par consé­quent, quand on a voulu instau­rer des diplômes d’État, nous étions autour de la table pour discu­ter des formules d’exa­men. » La forma­tion de nageur sauve­teur mise au point par la SNSM a été reprise par l’ad­mi­nis­tra­tion pour créer le diplôme permet­tant à présent de surveiller tous les plans d’eau contre une rému­né­ra­tion. 

Et les centres de forma­tion devinrent CFI 

En 2008, les centres de forma­tion de la SNSM deviennent les centres de forma­tion et d’in­ter­ven­tion (CFI). Ce chan­ge­ment de déno­mi­na­tion inter­vient après l’agré­ment de sécu­rité civile déli­vré à la SNSM. Il permet par exemple aux béné­voles d’in­ter­ve­nir lors de catas­trophes natu­relles, ou de mettre en place des dispo­si­tifs prévi­sion­nels de secours (DPS) lors d’évé­ne­ments publics. Cela va accé­lé­rer le déve­lop­pe­ment des centres en leur donnant la possi­bi­lité de géné­rer des reve­nus. « Avant, on rangeait les Zodiac® dans nos garages et on se déplaçait avec nos véhi­cules person­nels, se remé­more Philippe Nacass. C’est nette­ment plus confor­table d’avoir des locaux et des véhi­cules dédiés à la forma­tion. »

Aujour­d’hui, les DPS restent une source de finan­ce­ment impor­tante des CFI. Les béné­voles sont nombreux à inter­ve­nir lors de grands événe­ments, comme le Hell­fest, le carna­val de Gran­ville ou des matchs de foot­ball. Un bon moyen pour les sauve­teurs de travailler leurs apti­tudes en secou­risme tout au long de l’an­née. « Aupa­ra­vant, les béné­voles étaient obli­gés de se regrou­per avec les autres asso­cia­tions de sécu­rité civile s’ils voulaient effec­tuer des DPS, se remé­more Joëlle Nacass. Main­te­nant, c’est un moment incon­tour­nable dans la vie d’un CFI. »

 

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L’évo­lu­tion du statut des saison­niers

De nos jours, en début d’an­née, les nageurs sauve­teurs formulent des vœux d’af­fec­ta­tion, qui vont déter­mi­ner le lieu où ils travaille­ront durant l’été. Ces souhaits sont enre­gis­trés sur Inter­net, puis centra­li­sés. Plus de 1 500 nageurs sauve­teurs sont affec­tés sur les plages françaises chaque été par la SNSM. « Dans les débuts, on se réunis­sait autour d’une table à Rennes et on répar­tis­sait tout le monde, sourit Philippe. Main­te­nant, il y a bien trop de nageurs sauve­teurs, ce serait impos­sible.  »

Il y a 50 ans, les mairies étaient aussi tenues de four­nir une place de camping aux sauve­teurs saison­niers. Le siège de la SNSM procu­rait l’en­semble du maté­riel : tente, sac de couchage, réchaud… Toute­fois, récu­pé­rer cet équi­pe­ment à chaque fin de saison était complexe et le modèle a vite été aban­donné. Désor­mais, la majo­rité des mairies proposent un vrai loge­ment aux nageurs sauve­teurs.

Article rédigé par Rémy Videau.

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