Article Sauvetage

Tempête Benjamin : quatre marins secourus à Ouistreham

publié le24 Octobre 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le24 Octobre 2025

Un hélicoptère H160 de la Marine nationale est intervenu pour évacuer les marins du Perle d’Albâtre. © SNSM Ouistreham

Les Sauveteurs en Mer ont mené une opération de sauvetage dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles, mercredi 22 octobre 2025. L'équipage du chalutier Perle d'Albâtre a pu être secouru après douze heures de lutte. 

La tempête Benja­min balaie la Manche dans la soirée du mercredi 22 octobre. Alors que les rafales atteignent 75 nœuds (139 km/h), le centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage (CROSS) Jobourg reçoit un appel de détresse. Le coquillard Perle d’Al­bâtre est en panne de moteur au nord de Ouis­tre­ham.  Les quatre marins pêcheurs à son bord demandent de l’aide.

À proxi­mité, un autre bateau de pêche, L’Ave­nir, tente d’abord d’in­ter­ve­nir pour le remorquer. Mais les condi­tions de mer très diffi­ciles rendent la manœuvre impos­sible. Pire : les deux navires se sont abor­dés. Cela provoque une brèche dans la coque du Perle d’Al­bâtre, juste au-dessus de la ligne de flot­tai­son.

Face à la gravité de la situa­tion, le CROSS Jobourg engage le canot tous temps SNS 17–11 Philippe Kief­fer, de la station de Ouis­tre­ham. Ses béné­voles rallient rapi­de­ment leur bateau, puis quittent le port et s’en­foncent dans la nuit. Plusieurs ques­tions se posent. « Nous nous sommes demandé si nous avions la capa­cité de réali­ser la mission sans mettre en danger l’équi­page, explique Philippe Capde­ville, le patron de la station. Ensuite, nous devions choi­sir un port pour rame­ner le chalu­tier. La solu­tion choi­sie a été Ouis­tre­ham, en raison de la proxi­mité et de notre connais­sance des lieux. »

Retour en images sur cette inter­ven­tion :

Au plus fort de la tempête

Au milieu des creux de la houle, le canot tous temps progresse péni­ble­ment. À la barre, Philippe Capde­ville et son fils, Quen­tin, sont extrê­me­ment vigi­lants. Ils savent que la moindre vague prise de côté peut entraî­ner des consé­quences désas­treuses. Plus d’une heure de navi­ga­tion diffi­cile plus tard, les sauve­teurs arrivent sur zone.

En paral­lèle, le navire de commerce M/V Olga a été dérouté pour soute­nir l’opé­ra­tion de secours. Grâce à son impo­sante stature, il abrite le chalu­tier des vagues et du vent, permet­tant aux Sauve­teurs en Mer d’ins­tal­ler une remorque. Vers 1 heure, le convoi repart. 

Sur le chemin du retour vers Ouis­tre­ham, la situa­tion se complique. Après une heure de remorquage, ils subissent le plus fort de la tempête Benja­min. L’éva­cua­tion des marins est alors envi­sa­gée pour les mettre en sécu­rité. « La Marine natio­nale nous envoie un héli­co­ptère, déve­loppe Philippe Capde­ville. Mais, une fois sur zone, il constate que les condi­tions météo ne permettent pas son inter­ven­tion et rebrousse alors chemin. »

Les pêcheurs héli­treuillés

La situa­tion se corse à nouveau au lever du soleil, après sept heures de remorquage. « À ce moment-là, des capteurs voie d’eau se mettent à sonner à bord du Perle d’Al­bâtre », indique le patron. Les mouve­ments du chalu­tier, secoué par les vagues et déséqui­li­bré par sa voie d’eau, font craindre un risque de chavi­re­ment. Le CROSS engage alors de nouveau un héli­co­ptère de la Marine natio­nale pour évacuer les quatre  marins, toujours à bord, ballot­tés par les flots.

Mais les rafales sont trop puis­santes. Elles empêchent d’ef­fec­tuer l’hé­li­treuillage en sécu­rité. La mer est déchaî­née, le bateau tangue forte­ment dans les creux des vagues. Un nouveau navire est alors dérouté par le CROSS pour abri­ter l’opé­ra­tion. Le ferry Mont  St Michel – qui assure habi­tuel­le­ment la liai­son Ouis­tre­ham – Ports­mouth (Angle­terre) – se dirige vers le convoi. Il se met en posi­tion de brise-lames afin d’at­té­nuer les mouve­ments du chalu­tier. Un plon­geur de la Marine natio­nale peut ainsi être déposé sur le Perle d’Al­bâtre. Au milieu du chaos, il équipe les victimes et les remonte chacune à leur tour à bord de l’hé­li­co­ptère. « Nous sommes habi­tués à ce type de manœuvre, précise Philippe Capde­ville. Nous réali­sons des exer­cices d’hé­li­treuillage avec ce même héli­co­ptère deux fois par an. »

Une fois les marins à bord, l’hé­li­co­ptère se dirige vers Ouis­tre­ham, où les sapeurs-pompiers les prennent en charge. Ils sont choqués et en hypo­ther­mie, mais leur état géné­ral est jugé satis­fai­sant. Pendant ce temps, le canot des Sauve­teurs en Mer pour­suit le remorquage dans de rudes condi­tions. Le SNS 17–11 Philippe Kief­fer atteint fina­le­ment la côte à midi, jeudi 23 octobre. Le chalu­tier et son équi­page sont, enfin, hors de danger, mettant fin à plus de douze heures d’in­ter­ven­tion.

Article rédigé par Anatole Lamarre

Équipage engagé

CANOT TOUS TEMPS SNS 17-11 PHILIPPE KIEFFER

Patron : Philippe Capde­ville

Second : Quen­tin Capde­ville

Radio-navi­ga­teur : Valé­rian Guestre

Équi­piers : Laurent Bosquet, Jéré­mie Chef­de­ville, Dylan Lami­del

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