Un gilet de sauvetage renversant
publié le22 Novembre 2022
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le22 Novembre 2022

Le gilet a été conçu pour conserver une grande liberté de mouvement © Robin Christol
Les Sauveteurs en Mer et Tribord – la marque spécialiste des sports nautiques de Decathlon – ont développé un gilet de sauvetage d’un genre nouveau. Autogonflant, le LJ180N est capable de retourner une personne tombée à l’eau, même inconsciente, pour maintenir ses voies aériennes hors de l’eau.
Les Sauveteurs en Mer et Tribord avaient une envie commune : « Créer un produit de référence pour la sécurité des plaisanciers et des marins », souligne Marc Sauvagnac, directeur général de la SNSM. En résulte un gilet de sauvetage comme aucun autre, révélé à la presse au mois de septembre 2022, « après trois années de conception, de croquis et de design ».
Ce gilet-harnais – le LJ180N – est à part. Autogonflant, il est capable de retourner sur le dos une personne qui tombe à l’eau « en toutes circonstances, même si l’on chute la tête en avant, se félicite Guénolé Havard, le directeur de la marque Tribord. C’est sur cet aspect-là que l’on a passé le plus de temps. » L’enjeu : concevoir un gilet de sauvetage dédié à la navigation hauturière, qui s’adresse au grand public, mais aussi aux utilisateurs les plus exigeants.
Le gilet de sauvetage LJ180N co-conçu par la SNSM est en vente en boutique et sur le site internet de Decathlon.
Testé en piscine, en mer et en course au large
Une cinquantaine de prototypes ont été nécessaires pour parvenir à ce résultat. Beaucoup d’essais ont été réalisés en mer, de jour, de nuit, dans la houle, le froid, sur des semi-rigides, sur des voiliers. À chaque fois, ces expériences de terrain ont servi à apporter de nouvelles modifications.
« Les tests pour les normes sont, aujourd’hui, effectués en piscine, en maillot de bain ou en combinaison Néoprène®, ajoute Néhémie Westphal, chef de produit de Tribord. Mais, on le sait, avec la salopette de voile et les bottes, c’est une autre affaire. » En effet, de l’air peut souvent rester emprisonné dans la tenue hauturière et se bloquer au niveau du dos, empêchant le retournement. « Avec ce gilet, nous facilitons le retournement d’une personne inconsciente en tenue de voile hauturière », poursuit Néhémie Westphal.
Ilias Psarianos, journaliste à Radio France, a testé le gilet de sauvetage LJ180N co-conçu par la SNSM. Démonstration en vidéo ci-dessous :
Le gilet pèse moins de 1,5 kg
L’autre défi était de créer un gilet « que l’on ait envie de garder pendant ses sorties en mer. Porter un gilet un ou plusieurs jours est assez contraignant, concède Guénolé Havard. C’est pour cela que l’on a beaucoup travaillé sur son ergonomie, son confort, ainsi que sa résistance. » Ces essais se sont déroulés au Tribord Sailing Lab, un centre de conception et de développement de 3 000 m² établi à La Rochelle, où Decathlon teste ses nouveaux équipements nautiques. « Dans notre centre installé au pied du port des Minimes, nous rencontrons beaucoup de navigateurs, explique le directeur de la marque Tribord. On les voit partir en mer, revenir, et ils nous parlent de leur vécu à bord. »
L’expertise primordiale de la SNSM
Mais ce qui a permis de mettre au point un gilet si avancé, c’est surtout l’expérience incontestable de la SNSM. « Nous sommes finalement les premiers acteurs à intervenir auprès des naufragés, rappelle Marc Sauvagnac. Nous faisons évoluer nos moyens de sauvetage en fonction des situations auxquelles nous sommes confrontés lors des accidents en mer. Nous disposons ainsi d’un matériel parfaitement adapté. »
Découvrez dans cette vidéo l’histoire de la conception de ce gilet de sauvetage hors du commun :
Le principe du LJ180N est « d’avoir un système d’attache et de harnachement facile à mettre en œuvre et qu’il soit confortable pour être porté, explique Benjamin Serfati, directeur des achats de la SNSM, qui a participé à la mise au point. Lorsque l’on chute à l’eau, il faut que ce gilet fonctionne, même quand on est équipé en tenue hivernale. Cela a été le cas. C’est le travail que nous avons mené sur l’ergonomie et sur les phases de gonflage. Il faut aussi et surtout que ce gilet tourne très rapidement, qu’il maintienne une personne tombée à la mer avec les voies aériennes en dehors de l’eau. »
Une forme de bélier
Grâce à un processus commun de recherche et développement, ce gilet est ainsi le premier du marché doté d’une vessie asymétrique, facilitant le retournement. Cette vessie « en forme de bélier, comme la décrit Benjamin Serfati, assure au mieux le maintien de la tête hors de l’eau. Pour nous, l’important ensuite, c’est la repérabilité. Il fallait que le gilet soit visible de loin en mer ». C’est pourquoi a été ajoutée une lampe flash visible à 360° et jusqu’à 3,5 kilomètres à la ronde par temps calme. Adapté à tout type de navigation, ce nouveau produit est disponible à la vente via le réseau Decathlon, en magasin et en ligne (prix indicatif : 220 €).
=> Acheter le gilet de sauvetage LJ180N co-conçu par la SNSM sur le site internet de Decathlon
Quel gilet pour quel usage ?
Avant toute sortie en mer, il faut penser au gilet de sauvetage. S’il n’y a pas d’obligation légale de le porter à bord d’un bateau, il est en revanche indispensable qu’il y en ait un par personne à bord. Mais revêtir un gilet de sauvetage augmente considérablement vos chances de survie si vous tombez à l’eau. Selon la SNSM, huit noyades sur dix auraient pu être évitées si les victimes avaient porté un gilet. En mousse ou gonflable, comment choisir son gilet de sauvetage ?
Si vous pratiquez la voile légère, c’est-à-dire du dériveur, de la planche à voile, du catamaran par exemple, il faut s’orienter vers un équipement d’une flottabilité d’au moins 50 newtons (N). Plus la flottabilité est grande, plus le gilet sera efficace. Ce type de gilet ne retourne pas le naufragé sur le dos, mais seulement dégage les voies respiratoires. Il est approprié pour une sortie en mer jusqu’à 2 milles d’un abri.
Si vous faites du kayak, privilégiez un gilet de 70 N.
Pour la navigation côtière, prévoyez au minimum un gilet de 100 N. Il permettra à une personne tombée à l’eau de se retourner sur le dos afin de pouvoir respirer, à condition que ses vêtements ne soient pas trop lourds. Idéal pour les eaux intérieures ou protégées.
Pour la navigation semi-hauturière et hauturière, à plus de 6 milles d’un abri, il faut choisir un gilet d’au moins 150 N. Il retourne la victime en moins de cinq secondes, sauf dans les rares cas où elle est très lourdement vêtue. Ils sont équipés d’une sangle sous-cutale en plus de bandes réfléchissantes, d’un sifflet et d’une poignée de halage.
Pour la navigation hauturière, il faut privilégier le gilet à la flottabilité la plus importante : 275 N. Un modèle de ce type permettra le retournement de la personne tombée à la mer se fait en moins de cinq secondes, même habillée de vêtements de protection lourds.
J’ai testé le nouveau gilet de sauvetage mis au point par la SNSM et Tribord
Il fait gris ce mardi à La Rochelle. J’ai rendez-vous sur la SNS 144 IMA Antioche, la vedette de première classe de la station locale des Sauveteurs en Mer. Je suis accompagné par les ingénieurs de Tribord, la marque nautique de Decathlon, et par des membres de la SNSM. Ma mission : tester en mer le nouveau gilet autogonflant LJ180N mis au point par Tribord et les Sauveteurs en Mer. Je vais devoir chuter à l’eau, tête la première, et laisser le gilet me retourner automatiquement. Comme il le ferait avec un marin tombé à l’eau, même inconscient.
Pour expérimenter le retournement en conditions réelles, j’ai enfilé bottes, salopette, vareuse, et bien sûr le nouveau gilet. Je suis d’abord frappé par son faible poids, moins de 1,5 kg. C’est un gilet confortable avec son col en mesh (tissu en maille filet élastique et respirant). Il est très facile à enfiler et à régler grâce à une boucle en inox qui se manipule d’une seule main. Je n’ai pas du tout l’impression d’être oppressé, comme c’est souvent le cas avec un gilet.
Il a, par ailleurs, la particularité d’avoir une vessie amovible zippée directement sur une structure de harnais. Cela permet de s’attacher directement, de se délester du poids de la vessie, et ce sans avoir à changer d’équipement. C’est bien pratique.
Je sens mon corps se retourner sur le dos
Une fois à bord de la vedette SNSM, nous gagnons le large. La mer est formée avec une houle d’un mètre. C’est le moment, il va falloir se jeter à l’eau. Je suis à bâbord du bateau. Près de moi, Benjamin Serfati, le directeur des achats de la SNSM. Il a mis au point le gilet avec les ingénieurs de Tribord. Il vérifie si je suis bien équipé. Je suis en équilibre à un peu plus de un mètre au-dessus de la mer. « Tu es prêt à sauter ? », me demande-t-il. C’est parti, je me jette à l’eau, la tête la première. Quelques secondes à peine après avoir sauté, sans avoir à faire quoi que ce soit, je sens mon corps se retourner sur le dos. Ma tête est hors de l’eau. Le reversement a bien eu lieu.
En imaginant que j’ai été inconscient, je n’aurais même pas eu le temps de boire la tasse. C’est magique. Je flotte. J’ai l’impression d’être sur un siège flottant. Je n’ai même pas froid. L’eau est encore à 19 °C en cette fin septembre. Si je voulais nager, la brasse par exemple, ce serait en revanche impossible avec le gilet car je ne peux pas me retourner. Ça aussi, c’est magique. Je peux juste nager sur le dos, la tête toujours hors de l’eau.
C’est un grand moment pour moi, car, non seulement, je n’ai jamais eu l’occasion de tester le déclenchement d’un gilet, mais, qui plus est, je n’ai jamais eu besoin de faire appel aux bénévoles de la SNSM. J’en profite donc pour découvrir le savoir-faire des Sauveteurs en Mer quand il s’agit de récupérer un naufragé. Ils s’approchent de moi avec leur Zodiac®. Mes pieds touchent le flanc tribord de l’embarcation. « Laisse-toi faire, c’est nous qui allons te remonter dans le bateau », m’informent les sauveteurs. Deux d’entre eux m’agrippent et me ramènent, sur le ventre, à l’intérieur du pneumatique. Mission réussie.
Article rédigé par Ilias Psarianos, diffusé dans le magazine Sauvetage n°162 (4ème trimestre 2022)