Un homme et son père de 88 ans, en panne de carburant, ont été secourus en pleine nuit
publié le11 Mars 2025
écrit parJean-baptiste Lindner
mis à jour le11 Mars 2025

L’équipage de la "SNS 133" a secouru les navigateurs en péril après de longues heures de recherches infructueuses. © SNSM
Un homme et son père de 88 ans, qui remorquaient un bateau, sont tombés en panne de carburant début septembre. Leur famille, inquiète de ne pouvoir les joindre, a donné l’alerte.
Il faut se préparer à toutes les situations quand on navigue. C’est ce que deux plaisanciers ont appris à leurs dépens, le 2 septembre, au Cap d’Agde (Hérault). Dans l’après-midi, un plaisancier âgé d’une cinquantaine d’années embarque avec son père sur le Viva la Vida, un bateau à moteur de 7,70 mètres. Les deux hommes se rendent aux Saintes-Maries-de-la-Mer afin de récupérer une seconde embarcation, le Sea Lacante, qu’ils viennent d’acheter. Une fois sur place, problème : le moteur de l’embarcation d’un peu moins de 7 mètres ne démarre pas. Ils décident alors de la remorquer jusqu’à son nouvel anneau.
Le père, âgé de 88 ans, en prend la barre. Pensant gagner du temps, plutôt que de longer la côte, les plaisanciers décident de « tirer tout droit » dans cette anse méditerranéenne, pour parcourir les 47 milles (76 km) qui séparent les deux ports.
Mais les plaisanciers ne pensent pas à un facteur primordial : la surconsommation très importante de carburant que va induire la traction du nouveau bateau. Malgré deux jerricans de 20 litres prévus en complément, le Viva la Vida tombe à son tour en panne au bout d’une heure de navigation. Les deux navires sont désormais à la dérive dans le jour déclinant. L’un est sans éclairage, faute de batterie. L’autre n’est que faiblement éclairé par ses feux de position, alimentés par ses accumulateurs de secours.
Inquiets de ne pas les voir rentrer, leurs proches alertent les secours en mer
Inquiets de ne pas les voir accoster et incapables de les joindre par téléphone, leurs proches donnent l’alerte à une heure déjà avancée de la nuit.
Le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Méditerranée tente alors de les contacter à plusieurs reprises par VHF et téléphone. Mais les appels demeurent infructueux. Un Mayday Relay est diffusé à 21 h 14 et le CROSS Med lance des réquisitions de dernier bornage téléphonique, qui donne une position en mer au sud de la commune d’Agde. Quelques minutes plus tard, la famille des deux hommes parvient à entrer en contact avec eux et transmet une localisation au CROSS.
À 21 h 34, le CROSS Med engage la vedette SNS 133 Gema Corbières de Port-la-Nouvelle, qui appareille quinze minutes plus tard. La vedette file dans une mer calme vers la dernière position connue des plaisanciers en perdition.
Dans la foulée, le CROSS mobilise une seconde vedette, de Port-Leucate – la SNS 253 Francese de Cezelly –, ainsi que l’hélicoptère Dragon 66 de la Sécurité Civile pour identification et confirmation de la localisation. L’appareil arrive sur zone vers 22 h 45 et fixe alors la position des deux embarcations.
À 23 h 15, la SNS 133 est la première à arriver au contact des navigateurs en difficulté. Ils se trouvent à 18 nautiques de la côte. La SNS 253 les rejoint quelques minutes plus tard. Un sauveteur de chaque canot est envoyé sur chaque bateau afin de rassurer les naufragés et procéder aux manœuvres de prise de remorque.
Ni VHF ni fusée de détresse
Les sauveteurs s’aperçoivent alors de l’impréparation des deux hommes. « Aucun des deux bateaux n’est doté de VHF, aucune fusée de détresse, personne ne dispose de vêtements chauds, de couvertures ni de bouteilles d’eau, et le second navire n’a même pas de gilet de sauvetage à bord », s’étonne Christian Salom, président de la station de Port-la-Nouvelle. L’octogénaire est dans un état d’épuisement avancé, trempé et frigorifié, vêtu d’un simple short et d’un t-shirt.
« C’est inconscient, car, en plus de mettre leur vie en danger, ils mobilisent et exposent nos équipages et celui de l’hélicoptère », poursuit le président. « Ils ne réalisent pas que la mer peut vite devenir dangereuse », renchérit Mathias Denonain, patron de la vedette de Port-Leucate.
L’opération se poursuit sur une mer qui s’agite de plus en plus. Ce n’est qu’à l’aurore que les plaisanciers sont déposés sur la terre ferme, sains et saufs. Quant aux SNS 133 et 253 et à leurs équipages, ils n’ont retrouvé leur ponton que dans la matinée, après une nuit en mer éprouvante.
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Équipages engagés
Station de Port-La-Nouvelle VEDETTE DE PREMIÈRE CLASSE SNS 133 GEMA CORBIÈRES
Patron : Patric Massol
Nageur de bord : Nolwenn Massol
Équipiers : Yves Boulbes, Serge Culié, Daniel Depo, Frédéric Dumas, Bruno Robert, Christian Salom
Station de Port-Leucate VEDETTE DE DEUXIÈME CLASSE SNS 253 FRANCESE DE CEZELLY
Patron : Mathias Denonain
Mécanicien : Matthias Heurend
Radio : Guy Garrec
Équipiers : Jean-Luc Plaquet, Christian Wintenberger
Article rédigé par Alain Mila.