Article Sauvetage

Un voilier pris dans la tempête secouru à Cagnes-sur-Mer

publié le17 Juin 2025

écrit parJean-baptiste Lindner

mis à jour le17 Juin 2025

Le foc du B"alin Balan" s’est déchiré sous la force du vent © SNSM Cros-de-Cagnes

Deux hommes en perdition ont été secourus par les sauveteurs de la station du Cros-de-Cagnes. Une opération physique.

Marins expé­ri­men­tés, Jean-Jacques et Jona­than sont habi­tués aux navi­ga­tions parfois remuantes et toujours partants pour une belle balade en mer. Ce 22 novembre 2024, ils quittent le port de Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Mari­times) après avoir récu­péré un nouveau bateau, le Balin Balan – un voilier de 12,50 mètres à la coque en acier –, et font route pour l’océan Atlan­tique.

Un bulle­tin météo­ro­lo­gique spécial (BMS) a été émis pour la mati­née en raison d’un vent de force 6. Prudents, les deux marins patientent jusqu’à la fin du coup de tabac. Une fois le BMS levé en début d’après-midi, les deux amis, sans être aucu­ne­ment témé­raires, décident de prendre le large.

Je suis un fanatique de voile. J’étais tellement content de pouvoir barrer ce voilier. On est partis confiants, dans une grosse mer, certes, je le savais. Mais j’ai déjà tellement bourlingué et le bateau est largement fait pour ça ! Jean-Jacques, 45 ans

Les deux équi­piers font route quand, tout à coup, la barre répond mal. Le Balin Balan, qui se situe à 14 nautiques (26 kilo­mètres) au large du cap d’An­tibes, est en sérieuse diffi­culté. Le voilier dérive rapi­de­ment vers le large, laissé aux affres de la mer et de ses creux. D’évi­dence, gouver­ner sans gouver­nail s’avère impos­sible !

« Quand je tire sur la barre, j’ar­rive à abattre* très légè­re­ment. Mais, au bout de quelques minutes, le voilier ne réagit plus du tout  », se remé­more Jean-Jacques. Le temps passe, le vent commence à nouveau à forcir et la mer conti­nue à gros­sir. Rapi­de­ment, les marins tentent d’af­fa­ler (descendre les voiles), en vain. Les bouts se bloquent ! La mer est formée et le voilier est secoué comme dans un shaker. L’em­bar­ca­tion tape dans les vagues, le foc claque et se déchire, jusqu’à finir en lambeaux. La grand-voile gifle de plus en plus sèche­ment.

Après des tenta­tives chao­tiques pour affa­ler la grand-voile et le génois, à la dérive, les deux hommes lancent un appel de secours par le canal 16 de leur VHF, préci­sé­ment à 17 h 18 et joignent le centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage (CROSS) Médi­ter­ra­née.

Impos­sible de monter à bord

L’opé­ra­teur alerte la station SNSM du Cros-de-Cagnes. La vedette de deuxième classe SNS 272 Margue­rite VI appa­reille rapi­de­ment, avec six béné­voles à son bord. Il lui faudra près d’une heure trente, pleins gaz, pour rejoindre le voilier pris au piège dans des eaux tumul­tueuses Ils arrivent à proxi­mité du Balin Balan à la nuit tombante.

il nous était impossible, avec une telle mer, d’envoyer un équipier à bord du voilier. La manœuvre de remorquage est toujours délicate et, dans une mer démontée, il faut redoubler de prudence. Gil Rochette Patron de la vedette “SNS 272 Marguerite VI” du Cros-de-Cagnes

Les Sauve­teurs en Mer décident alors d’en­voyer une remorque vers le voilier afin de pouvoir le trac­ter vers la côte. « Ça tabasse, l’opé­ra­tion prend du temps et est physique », rapporte Emma­nuel Richard, l’un des équi­piers.

Une fois le bout soli­de­ment arrimé, le remorquage dans le sillage de la poupe de la vedette peut commen­cer. Plus de quatre heures dans une mer toujours colé­reuse jusqu’à la mise en sécu­rité du voilier et de son équi­page au port de Saint-Laurent-du-Var, tard dans la nuit. La jour­née d’au­tomne s’est soldée par une belle frayeur pour les plai­san­ciers, grog­gys mais très recon­nais­sants envers leurs sauve­teurs. Jean-Jacques applau­dit : « Les membres de la SNSM font preuve d’une incroyable abné­ga­tion ».

* éloi­gner la proue du voilier du lit de l’axe du vent

Équipage engagé

Vedette de deuxième classe SNS 272 Marguerite VI

Patron : Gil Rochette
Méca­ni­cien : Emma­nuel Richard
Équi­piers : Richard Bories, Nico­las Del, Victor Kady­lo­wicz, Pierre Rochette

Article rédigé par Alain Mila.

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